Les maladies cardiovasculaires restent la deuxième cause de mortalité en France. Chaque jour, environ 400 décès liés à un infarctus ou à un accident vasculaire cérébral sont recensés, dont près de la moitié chez les femmes.

Ce chiffre, désormais documenté, ne s’est pas encore traduit en une organisation adaptée de la prévention. Le risque féminin progresse, y compris chez des patientes jeunes, sous l’effet du tabagisme, de l’obésité et d’un repérage insuffisant.

Un dépistage obligatoire, structuré autour des rendez-vous de prévention

Le texte porté par Yannick Neuder, ancien ministre de la santé introduit une évolution décisive. Le dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires devra être proposé de manière systématique lors des rendez-vous de prévention.

Ces consultations intégreront désormais :

– une sensibilisation aux facteurs de risque

– une évaluation clinique et biologique

– le dosage de la lipoprotéine (a), encore peu utilisé en routine

Surtout, le texte impose une prise en compte explicite des facteurs spécifiques aux femmes, en intégrant les dimensions hormonales, obstétricales et cliniques.

Une prévention pensée sur l’ensemble du parcours de vie

La logique du texte repose sur une approche longitudinale. Le risque cardiovasculaire est appréhendé comme évolutif, dépendant des grandes étapes de la vie.

Un rendez-vous de dépistage devient obligatoire dès l’enfance, dans l’année suivant le sixième anniversaire, avec un objectif de repérage précoce des anomalies comme l’hypercholestérolémie familiale.

Cette extension vers des âges précoces marque un changement de paradigme, encore peu présent dans les politiques de prévention cardiovasculaire.

Pharmaciens : une entrée explicite dans le dépistage

Le texte modifie également le Code de la santé publique pour élargir les compétences des professionnels de santé.

Les pharmaciens sont désormais autorisés à mesurer la pression artérielle dans une logique de prévention. Cette évolution les inscrit plus directement dans le repérage des facteurs de risque, aux côtés des médecins et des autres acteurs de premier recours.

Le dépistage et la sensibilisation deviennent également obligatoires dans d’autres cadres, notamment en médecine du travail et dans les actions de prévention menées auprès des jeunes.

Lever les freins financiers au dépistage

Au-delà des obligations, le texte ouvre un chantier économique. Il prévoit la remise de rapports au Parlement sur deux points cardinaux :

– la prise en charge intégrale des examens de dépistage

– le poids des dépassements d’honoraires

L’objectif est explicite : réduire le reste à charge et limiter le renoncement aux soins, deux facteurs encore majeurs d’inégalités d’accès.

Une logique médico-économique assumée

La proposition de loi prévoit une évaluation à trois ans, avec un suivi du nombre de dépistages réalisés, de leur coût et des économies générées.

Sont notamment visés :

– la réduction des hospitalisations

– la baisse des dépenses de soins

– l’impact sur les arrêts de travail

La prévention est ainsi pensée comme un levier de soutenabilité du système de santé.

Un tournant pour la prévention… et pour l’officine

Si la mesure de la pression artérielle constitue, pour l’officine, un point d’entrée opérationnel dans ces parcours de dépistage, la question demeure entière quant aux moyens organisationnels et aux modalités de financement qui accompagneront effectivement ces nouvelles missions.