L’Union européenne s’enfonce dans une posture défensive, dictée par la peur de la pénurie et du déclassement industriel.

Le diagnostic est connu. Les énergies fossiles représentent encore 73 % de la consommation primaire européenne, presque entièrement importée. Le gaz demeure la béquille d’un système incapable d’assumer l’intermittence des renouvelables, faute de stockage à grande échelle. Et les choix récents – le report au-delà de 2035 de la possibilité de vendre des véhicules thermiques, retour du chauffage au gaz – envoient un signal désastreux : celui d’un renoncement progressif.

La plus grande crise énergétique de l’histoire ? « En Belgique le risque le plus grand concerne le kérosène »

L’erreur originelle fut de confondre urgence et transition. En 2022, il fallait éviter l’effondrement ; en 2026, il faudrait reconstruire. Or l’Europe s’est piégée elle-même, investissant dans des infrastructures gazières conçues pour durer des décennies. C’est une défaite politique. L’énergie n’est pas qu’un enjeu climatique, elle est aussi une question de puissance. Comme le rappelle crûment la realpolitik américaine, il n’y a pas de souveraineté sans contrôle de l’accès à l’énergie. En substituant une dépendance à une autre, l’Europe a troqué un risque contre un levier de pression permanent. Le chantage réglementaire sur le climat, déjà perceptible, n’en est qu’un avant-goût.

Face à cela, les demi-mesures ne suffiront plus. L’Union doit assumer une stratégie claire : accélérer massivement les renouvelables, relancer sans ambiguïté le nucléaire – y compris les petits réacteurs modulaires –, investir dans le stockage (batteries,…), et électrifier ses usages à marche forcée. Non par idéologie verte mais par intérêt vital.

Le paradoxe est là : la décarbonation est devenue la stratégie des faibles pour résister aux forts. Or, l’étau énergétique entre les États-Unis et la Chine se resserre. L’Europe aime se penser en pionnière climatique. Elle est aujourd’hui en situation de dépendance stratégique. Entre ces deux réalités, il faudra choisir. Rapidement. Et préparer les citoyens…