Rencontrée au festival Séries Mania de Lille, l’actrice de 68 ans nous explique ce qui l’a séduite dans ce nouveau projet. « C’est un clin d’œil et une suite à Pause Café, explique-t-elle. Je pense qu’il est temps de faire ce qu’on peut pour apporter de jolis messages aux jeunes et de parler de leurs problèmes. À part dans les feuilletons comme Demain nous appartient, je ne vois pas vraiment de séries et téléfilms où on parle des jeunes, de l’univers du lycée et de l’éducation sans tomber dans la violence. Essayer de retrouver ce dialogue entre les jeunes et les personnes qui ont une génération de plus qu’eux, c’est important. »

Une actrice française maman pour la seconde fois… à 68 ans !

Qu’est-ce qui diffère entre Pause Café et KARMA ?

« Pause Café était très novateur pour son époque. On abordait déjà les sujets qu’on aborde dans KARMA : viols, tourmente des adolescents, drogue, inceste, harcèlement. Cette série était, d’une certaine façon, très visionnaire. Il y a trente ans, il y avait toutefois moins de violence. Aujourd’hui, on sent que les jeunes ont un problème avec le respect de la hiérarchie. C’est quelque chose qui n’est pas inscrit dans les nouveaux gènes. »

Et c’est dû à quoi, selon vous ?

« Ce sont les jeunes qui maîtrisent les réseaux sociaux et les nouvelles technologies en général aujourd’hui. Les parents sont un peu perdus là-dedans. Donc, finalement, ce sont eux qui gèrent ce qui devient tellement présent dans la vie. Ça a un peu inversé l’ordre éducatif on va dire. Ce sont les enfants qui éduquent les parents aujourd’hui. Ça n’a l’air de rien mais c’est très important au niveau de l’autorité hiérarchique. »

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Quel regard portez-vous sur les réseaux sociaux ?

« Franchement, voir les jeunes faire des selfies en faisant des grimaces ou encore en train de manger leur plat de pâtes, ça me désole. Je me dis : « C’est quoi ce côté exhibitionniste ? » Qu’est-ce qu’on s’en fout de savoir que tu manges un plat de pâtes complètes à la place de macaronis ? C’est fou ce besoin d’exister en laissant une trace, en taguant les plus beaux monuments. Je pense que les jeunes ont besoin de se trouver, d’exister mais de la façon la plus moche qui soit. On ne fait pas un selfie pour dire « Coucou, je t’embrasse », on le fait pour se montrer. Moi, ça me dépasse un peu. Ils ont besoin de raconter tout ce qu’ils font, leur vie est étalée. Et, en même temps, ils ne savent pas regarder l’autre. C’est une génération très individualiste. C’est ma gueule avant tout. »

Êtes-vous sur les réseaux sociaux ?

« Oui parce que je suis obligée d’y être pour le travail. Mais, c’est ma fille qui s’en occupe. Moi, je sais juste prendre une photo et la passer en Story sur Instagram. En fait, je n’ai pas trop envie de m’y intéresser. Ça me saoule. Je vois trop les dégâts que fait cet animal pervers que sont les réseaux sociaux. Cela peut être monstrueux. Il y a des gamins qui se suicident à cause de ça, il y en a qui se détestent, qui s’attendent à la sortie des écoles. La vie des jeunes d’aujourd’hui me fait peur. Et, dans KARMA, c’est de la bonne humeur malgré tout. Les problèmes actuels sont abordés mais avec une jolie force et puis, l’entraide y est vraiment mise en avant. »

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Que pouvez-vous nous dire sur ce rôle de Janelle Lazart, proviseure que vous incarnez dans la série ?

« Elle est pleine d’empathie pour les élèves, a envie de comprendre leurs problèmes et de rétablir le dialogue. Et, en même temps, en tant que proviseure, elle doit faire régner l’ordre au lycée. Elle ne doit donc pas se laisser marcher sur les pieds. Et pour ça, il faut être à l’écoute, des élèves et du monde. »

À l’époque de Pause Café, vous n’étiez pas encore maman. Est-ce que le fait de l’être aujourd’hui vous permet d’apprivoiser ce rôle d’une autre façon ?

« J’ai vécu avec une adolescente donc je sais combien ça peut être compliqué. Les ados peuvent être chargés d’une colère qu’ils n’identifient pas forcément. Ce que j’ai appris, c’est d’en discuter sur le moment même, pas de se dire : « On verra plus tard ». C’est au moment où il manifeste son envie de parler qu’il faut l’écouter. »

Avez-vous des projets au niveau musical ?

« J’ai des projets dont je ne peux pas encore parler. J’ai envie de retravailler avec Jérôme Brûlant du groupe 3 Vagues. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Lui, voudrait que je parte sur un seul en scène parce que ce que j’ai à raconter pourrait intéresser et peut-être aider les gens. Et moi, je ne sais pas si j’ai envie de me mettre en danger un ce genre de projet. Je dois y réfléchir. »

Vous avez connu le succès très jeune. Comment l’avez-vous vécu ?

« Très bien parce que ce n’était pas une nécessité pour moi d’être actrice. Je voulais être professeure d’anglais ou vétérinaire. Puis, ma mère a mis ma photo dans un magazine destiné au cinéma et j’ai été choisie par Cécile Aubry pour jouer dans Le Jeune Fabre. C’était une belle parenthèse. Puis, j’ai repris mes études. Puis, on m’a demandé de jouer dans L’École des Femmes. Je n’avais jamais pris de cours donc c’était un peu risqué mais ils m’ont engagée et ça a été un succès. C’est le théâtre qui a été le déclic. Il a éveillé en moi quelque chose que je n’imaginais pas et qui m’a donné envie de continuer ce métier. J’ai laissé tomber mes études à 16 ans. J’ai fait Paul et Virginie. »

Chaque projet dans lequel vous vous lancez est-il le reflet de vos engagements ?

« Il y a toujours quelque chose d’engagé à un moment parce que dans la vie, je suis engagée et je trouve que c’est capital de l’être. Quand on s’engage, on devient plus courageux. Avant, j’étais tétanisée de parler devant des personnes que je ne connaissais pas. Puis, j’ai dû commencer à parler en public pour l’association Rêves de Gosses, que j’ai parrainé pendant 22 ans, et j’ai surmonté cette peur. »

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Aujourd’hui quelles causes vous animent ?

« Via mon association Graines d’Avenir, j’aide les enfants tibétains en exil mais aussi les autres peuples de philosophie bouddhiste. Pour le moment, je suis très engagée pour les peuples premiers comme les Arhuacos en Colombie. J’ai envie de lever des fonds pour les aider à construire un collège qui permettrait aux enfants d’aller jusqu’au bac et d’être éduqués dans leur culture ancestrale et dans la culture occidentale. Ils ne seront donc pas obligés de partir en ville où ils se font moquer comme des sauvages. Les peuples premiers ont gardé leur culture et cette notion de respect de l’histoire et des anciens. C’est tout ça que j’ai envie de défendre aujourd’hui parce que c’est n’existe plus. On a besoin d’entendre ces messages. »

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Quels souvenirs avez-vous en Belgique ?

« J’en ai plein ! J’ai tourné plusieurs fois en Belgique et participé à plusieurs émissions. Et, à chaque fois, c’était un bonheur pour moi. J’adore les gens du Nord. »

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