Le plan est préparé au cordeau. Le mercredi 21 novembre 1951 à 14h15, les sœurs annonciades qui tiennent l’école du Sacré-Cœur d’Heverlee reçoivent un mystérieux coup de téléphone qui leur annonce une visite privée du roi Baudouin l’après-midi même. N’osant refuser ou n’y voyant que du feu, elles ouvrent la porte de leur collège au jeune (faux) Roi et à sa cour (dont faisait partie Jacques Franck qui fut directeur de la rédaction de La Libre).

Quand un faux roi Baudouin trompa mille jeunes adolescentes et leurs religieuses:  "Mais Majesté, êtes-vous ou non le Roi ?"Quand un faux roi Baudouin trompa mille jeunes adolescentes et leurs religieuses:  Gonflés de joie et de fierté

La visite débute sous les meilleurs auspices. « La mère générale, ainsi que le directeur et l’aumônier de l’Institut sont présentés au Roi et à sa suite dans le grand parloir, écrivait Alain Beltjens. C’est au cours de ces présentations que nous avons l’occasion de bavarder à cœur ouvert avec les autorités de l’Institut, poursuit-il. Gonflés de joie et de fierté, débordant d’espoirs, l’oreille respectueusement tendue vers les puissants du jour, attentifs à chacun de nos propos, hochements de tête, froncements de sourcils, tous ces personnages ne demandent qu’à nous croire. Aussi, accumulons-nous les promesses et arrosons-nous nos hôtes d’eau bénite de cour, tout en les assurant de notre bienveillance. »

Guidé par la mère générale, le Roi prie dans la chapelle, puis retrouve les mille élèves (que des filles) dans la salle des fêtes. « Nous montons sur l’estrade, poursuit Alain Beltjens. La salle entière chante la Brabançonne, qu’une bonne sœur joue au piano. »

« Pour nous permettre de quitter la Roumanie, le roi Baudouin nous aurait achetés à Ceausescu »« D’un pas lent et solennel »

La jeunesse d’âge de la suite royale intrigue cependant la direction. L’aumônier tente alors de joindre la police locale, mais les complices du Roi ont fait en sorte d’occuper toutes les lignes téléphoniques de l’institut. Le prêtre n’a d’autre choix que « d’enfourcher un vélo à moteur poussif pour aller prévenir la police ».

Le répit est bref : la maréchaussée finit par arriver. Alors que la cour se lance dans une fuite éperdue, le faux Roi, « digne jusqu’au bout », continue de marcher « d’un pas lent et solennel ». « Les mains en l’air ! Tout le monde contre le mur ! », crie cependant un officier. Comme « notre valeureux monarque ne bouge pas d’une semelle tout en le contemplant d’un air à la fois douloureux, réprobateur et silencieux, le galonné se met à réfléchir », conclut Alain Beltjens. Il prend si peur qu’il lance alors d’une voix blanche : « Mais Majesté, êtes-vous ou non le Roi ? »