Le constat peut sembler alarmant : dans le Bas-Rhin, le nombre de cancers a plus que doublé en l’espace de quarante ans. Le registre départemental recensait en moyenne 2 896 cas par an chez l’homme et la femme entre 1975 et 1979. Sur la période 2020-2021, ce chiffre atteint 7 030 cas annuels.

Une hausse spectaculaire, mais qui doit être nuancée. « Elle s’explique en partie par l’augmentation et le vieillissement de la population, l’extension du dépistage ainsi qu’une exposition accrue à certains cancérigènes », souligne Simon Schraub, vice-président de la Ligue contre le cancer du Bas-Rhin, qui présentait ce jeudi 9 avril les dernières données d’incidence.

Rapportés à la population, les chiffres confirment cette hausse, particulièrement chez les femmes. Chez les hommes, le taux passe de 625 à 718 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Chez les femmes, il grimpe de 356 à 505.

La consommation de tabac chez les femmes

En cause notamment l’évolution des comportements. « La consommation de tabac et d’alcool chez les femmes est l’une des explications », précise Simon Schraub. Le cancer du poumon illustre cette tendance : dans le Bas-Rhin, il recule chez les hommes (de 18 % à 14 %), mais progresse fortement chez les femmes (de 2 % à 10 %). Le cancer du sein est également en hausse, passant de 27 % à 34 %. D’autres facteurs sont évoqués : pesticides, pollution, alimentation, sédentarité, virus.    

Un cancer sur trois chez la femme est un cancer du sein

Certains cancers progressent fortement dans le département alsacien, à commencer par celui de la prostate , dont la part est passée de 9 % à 27 %. « Cette hausse est liée à l’utilisation d’un test de dépistage précoce par dosage du PSA », indique Philippe Bergerot, président de la Ligue nationale contre le cancer. Les lymphomes sont également en augmentation.

À l’inverse, plusieurs cancers reculent. Le cancer de l’estomac passe de 6 % à 2 % chez l’homme et de 5 % à 1 % chez la femme. Pour le cancer du col de l’utérus, le nombre de nouveaux cas annuels est passé de 96 à 42 entre 1975 et le début des années 2020.

Pas plus de cas en Alsace

Cette baisse est notamment attribuée aux politiques de prévention. « Les campagnes de vaccination contre le papillomavirus ont contribué à cette diminution » , souligne Philippe Bergerot. Le taux de vaccination reste perfectible en France : environ 40 % chez les filles et 30 % chez les garçons en classe de 5e, avec un objectif de 70 %. « Dans certains pays comme l’Autriche, l’Australie ou le Danemark, ce cancer n’existe presque plus », ajoute-t-il.

Les données ont également été analysées à l’échelle des cantons bas-rhinois par le registre. Aucune surincidence nette ne se dégage. Il n’apparaît pas non plus de lien évident entre fréquence des cancers et éloignement des structures de soins, ni avec un contexte socio-économique défavorable. Tout au plus observe-t-on une fréquence plus élevée du cancer du poumon dans les cantons de Schiltigheim et de Strasbourg, ainsi que des cancers de la bouche et du pharynx à Schiltigheim. « Mais on ne peut pas conclure à une surincidence compte tenu des variations statistiques », précise Michel Velten, le directeur du registre des cancers du Bas-Rhin.

Globalement, ces données s’inscrivent dans la tendance nationale. « Il n’y a pas plus de cancers en Alsace qu’ailleurs en France », assure Simon Schraub. Une spécificité régionale, autrefois observée pour les cancers du côlon et du rectum en lien avec l’alimentation, n’est plus d’actualité.

Le registre des cancers du Bas-Rhin, pionnier en France, a été créé par Paul Schaffer. Il en existe aujourd’hui une trentaine en France, couvrant seulement une partie du territoire. Un registre national des cancers, piloté par l’Institut national du cancer, est en cours de déploiement.