Dans une pièce aux lumières tamisées, entre synthétiseurs, câbles et instrument de musique, Maëlle peaufine les détails de certaines chansons. Casque sur les oreilles et micro devant elle, la moindre harmonie est enregistrée plusieurs fois.

Ici, pas de scène, pas de public, pas d’urgence non plus. Juste elle… et Thomas Rasoanaivo… et Charlie Trimbur à la coréalisation du troisième album de la chanteuse. « La création d’un album, c’est un moment hors du temps. Tu as l’impression d’être dans une grotte pendant plusieurs mois », confie-t-elle à 20 Minutes. Dans cet espace intime, la chanteuse de 25 ans ne cherche plus à répondre à des attentes, mais à dire les choses qu’elle ne s’autorisait pas avant. Car ce nouveau projet marque un tournant :

« J’avais envie de montrer ma vraie personnalité, en dehors des masques que j’ai pu porter. »

Un troisième album pour faire tomber les masques

Depuis ses débuts, Maëlle a appris à composer avec une image construite très tôt. Révélée adolescente dans « The Voice », elle a grandi dans une industrie où l’on attend d’un artiste qu’il corresponde à une direction déjà définie. Son deuxième album, Fil Rouge, amorçait déjà une volonté d’émancipation : « Avec le deuxième album, j’ouvrais une porte. Là, je suis vraiment allée plus loin », explique-t-elle. Ce nouvel opus se construit comme un espace de vérité. Une manière d’enlever ce qui relevait du rôle, du contrôle, ou simplement de la peur. Dans son écriture, Maëlle abandonne peu à peu les détours, les métaphores trop travaillées, pour aller vers quelque chose de plus instinctif.

« Je montre l’imperfection. Vraiment l’imperfection », insiste-t-elle. Un changement qui passe aussi par une autre manière de créer. Moins réfléchir, plus ressentir. Moins contrôler, plus accepter. « Avant, je pensais trop. Là, j’essaie de lâcher prise sur le texte », ajoute-t-elle.

Deux singles en attendant l’album en septembre

Cette évolution artistique se ressent particulièrement dans deux morceaux qui incarnent, chacun à leur manière, cette prise de liberté. Avec Tic Tac, sorti ce 10 avril, elle chante le désir : « Je dis ouvertement que j’ai très envie de lui », raconte-t-elle. Le morceau s’inspire de moments fugaces, de rencontres éphémères qui n’ont pas vocation à durer. « J’avais envie de parler de ces moments où tu rencontres quelqu’un et ça dure une heure », poursuit-elle. Une manière de revendiquer une liberté nouvelle, qu’elle n’avait encore jamais osé montrer. « Je rêvais de le faire, mais je n’avais jamais osé », admet-elle.

À l’inverse, Lili s’inscrit dans une démarche beaucoup plus introspective. Le morceau prend la forme d’un dialogue avec elle-même, ou plutôt avec la jeune fille qu’elle était. « Lili, c’est mon surnom depuis toujours », explique-t-elle. Une identité intime, liée à l’enfance, qu’elle a longtemps tenue à distance de sa musique. « Je ne voulais pas mélanger ma vie privée avec ma musique », confie-t-elle. Mais avec le temps, ce rejet s’est transformé en prise de conscience. « J’ai longtemps eu honte de qui j’étais avant », reconnaît-elle. Dans cette chanson, elle ne fuit plus cette part d’elle-même. Elle l’accepte et lui adresse enfin des mots. « J’avais besoin de lui demander pardon », dit-elle.

Une scène musicale féminine ou s’émanciper

Ce troisième album ne s’écrit pas uniquement dans une trajectoire individuelle. Il s’inscrit aussi dans un mouvement plus large, celui d’une nouvelle génération d’artistes féminines qui prennent la parole autrement, avec plus de frontalité, plus de liberté et moins de filtres. Maëlle cite des artistes qui comme Zélie, Théodora, aujourd’hui abordent des sujets longtemps laissés de côté : sexualité, violences, intimité, contradictions.

« On n’imagine pas à quel point c’est important pour nous de voir des artistes comme ça. Avant, on était très encadrées. On était entourées de mecs qui nous disaient « chante ça, fais ci, fais ça ». »

Face à cette évolution, Maëlle ne se place pas en observatrice, mais en actrice de ce changement. « Je me suis dit que j’étais légitime de raconter ces choses-là aussi. »

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L’incarnation sur scène de ce nouveau projet musical sera également l’occasion d’un autre lâcher-prise. On a directement réfléchi à la tournée en créant les morceaux. J’ai envie d’amener la danse dans ce projet. Je voulais être danseuse avant d’être chanteuse… Je me sens plus à l’aise de montrer qui je suis vraiment. »