Les grands gagnants, certaines familles monoparentales
Parmi les gagnants de cette réforme portée par le ministre Yves Coppieters (Les Engagés), les familles monoparentales. En tout cas, celles dont les enfants sont nés après 2020 et dont les revenus sont compris entre 34 000 et 54 867 euros bruts par an.
Aux montants mensuels des allocations de base (196,57 € de 0 à 17 ans et 209,25 € de 18 à 24 ans), s’ajoutera pour ces familles un supplément renforcé à 25,36 € par mois et par enfant (contre 12,68 € aujourd’hui).
“Toute une série d’études ont montré que les familles monoparentales sont particulièrement exposées à un risque de pauvreté”, souligne Jean-François Husson, professeur en politiques publiques à l’UCLouvain. C’est donc un coup de pouce bienvenu.” Celui-ci entrera en vigueur le 1er juillet prochain.
Une étude illustre l’ampleur des problèmes financiers des familles monoparentalesFini les démarches administratives à rallonge
Autre point a priori positif, pour tous les parents : dans les prochains mois, un meilleur partage d’information devrait voir le jour. Le système doit garantir la circulation automatique des données entre les établissements scolaires, ceux de l’enseignement supérieur et les caisses d’allocations familiales.
Au début de l’année scolaire, les parents ne seront plus obligés de prouver, formulaires à l’appui, que leurs enfants sont bel et bien aux études. De quoi soulager leur charge administrative à la rentrée, une période toujours très chargée…
Les jeunes en situation de handicap ne pourront plus cumuler leurs allocations
Au rayon des moins bonnes nouvelles, la réforme de la coalition MR/Engagés met fin au cumul, à partir de juillet, d’une allocation de remplacement de revenu (ARR) et/ou une allocation d’intégration (AI) avec le supplément spécifique d’allocations familiales destinées aux futurs jeunes adultes (de 18 à 21 ans) en situation de handicap.
Ces jeunes “auront droit soit aux allocations fédérales, soit au supplément d’allocations familiales, en fonction de ce qui est le plus intéressant pour eux (alors qu’aujourd’hui ils peuvent bénéficier des deux dispositifs) ”, comme l’explique la Ligue des familles dans un communiqué.
Celle-ci regrette un choix réduisant “le soutien renforcé dont pouvaient bénéficier les jeunes en situation de handicap. ”
Chercher sa voie ? Oui, mais plus trop longtemps
Par ailleurs, le texte introduit un changement majeur pour les jeunes adultes en quête de la bonne orientation. Les 18 à 25 ans n’auront en effet droit aux allocations que pendant douze mois maximum, s’ils ne sont ni étudiants ni engagés dans une formation d’insertion socioprofessionnelle reconnue.
“Si un jeune rate sa première année d’études puis suit par exemple des cours de langue pendant un an, le temps de trouver sa voie, il épuise tout son pot d’allocations familiales, a commenté la Ligue des familles. Ça veut dire qu’après ses études, s’il ne trouve pas un emploi immédiatement, il n’aura plus droit aux allocations […]. À un âge où de nombreux jeunes se cherchent et hésitent sur leur orientation, cette mesure constitue un durcissement du droit.”
“Ici, les jeunes ont certes droit à l’erreur, mais ils n’ont plus 36 cartouches à griller, abonde Jean-François Husson. On se place dans une optique de responsabilisation, cela peut se défendre. Mais attention à ne pas tout leur mettre sur les épaules ; les problèmes de réorientation scolaire et professionnelle ne sont pas tous imputables à la responsabilité de jeunes qui auraient choisi une mauvaise voie.”
Pour le spécialiste de l’UCLouvain, c’est le système d’éducation, dans sa globalité, qui reste comptable de “mauvais choix” que peuvent poser les étudiants dans leur cursus.
Rééduquer les pauvres en les frappant au portefeuille… Les cyniques réalités derrière les projets de limitation des allocations familialesCombien économise-t-on sur le budget wallon avec cette réforme ?
L’an passé, la coalition Azur avait mis sur la table différentes propositions de réforme, au sud du pays. Le président du MR avait publiquement évoqué l’idée de supprimer les allocations familiales à partir du 5e ou du 6e enfant. Une non-indexation des montants était également discutée.
Si ces deux options n’ont finalement pas été retenues, la réforme aujourd’hui portée par Yves Coppieters s’inscrit bien dans une perspective d’économies budgétaires.
Les allocations familiales sont-elles trop généreuses en Belgique?
“L’ensemble des mesures (économies moins les nouvelles dépenses liées au supplément pour les familles monoparentales) permettraient des économies se chiffrant à 400 000 euros en 2026, pour évoluer progressivement vers 6,2 millions en 2027, 17,9 millions d’euros en 2028 et 23,7 millions d’euros en 2029”, détaille-t-on du côté du cabinet du ministre.
Malgré un petit plus pour les parents solos, l’ensemble du système est donc soumis à un (léger) régime, vu les 3 milliards du budget wallon consacrés aux allocations. Les étudiants sont désormais invités à moins traîner en cours de route et à davantage “s’activer”, un verbe décidément en vogue autant au sud du pays qu’au sein de la coalition fédérale.
Sacha Daout : « Le débat sur les allocs familiales touche aussi une classe moyenne fragilisée… Et on parle de familles qui ont pourtant des salaires »À Bruxelles aussi, des économies dans les allocs
Les allocations familiales ont été transférées en 2014 du Fédéral aux Régions. Elles sont aujourd’hui octroyées sur base de deux grands critères : le versement d’un montant équivalent pour chaque enfant membre d’une famille, et les revenus des parents.
En février, le parlement bruxellois a approuvé une proposition d’ordonnance visant à réformer la gestion des allocations, et a prévu 8 millions d’économies à réaliser au sein de structures comme les caisses d’allocations ou Iriscare, qui est notamment chargée du paiement des prestations.
L’an dernier, l’organisme plaidait pour une adaptation des dotations fédérales à la réalité démographique, afin de garantir la pérennité financière du système. Son financement repose en effet largement sur des dotations calculées selon le nombre d’enfants de moins de 18 ans habitant à Bruxelles.
Or, en raison du déclin démographique et de l’exode des familles en dehors de la capitale, la Région voit ses ressources disponibles diminuer ces dernières années. Alors que dans le même temps, la part des jeunes âgés de 18 à 24 a continué d’augmenter.