Virginie Grimaldi raconte
La romancière poursuit, expliquant que ses enfants sont entrés dans l’eau, suivis par elle-même et son mari. Les petits s’avançaient plus rapidement, se dirigeant vers les bulles. « Ils passaient à côté d’un homme dont je ne voyais que le dos », se souvient-elle, avouant que son « corps avait tout de suite compris qu’il se passait quelque chose ». « Pendant les vingt secondes nécessaires pour rejoindre mes fils à la nage, je ne l’ai pas quitté des yeux, pourtant je refusais de croire ce que j’étais en train de voir. »
Elle raconte que l’homme se trouvait en face d’un jet massant, dans la piscine, qu’il regardait un match de rugby sur son téléphone posé sur un muret et qu’il faisait un « va-et-vient rapide avec son bras ». « Arrivée à sa hauteur, toujours sidérée, j’ai failli me taire », confie-t-elle, précisant qu’elle ne voulait pas alerter ses enfants « et surtout pas gêner cet homme ». « Le pauvre, j’ai pensé. Il va avoir honte », a-t-elle ajouté.
Après avoir détourné le regard, « pour ne pas le mettre mal à l’aise », sa colère a repris le dessus. « Monsieur, qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? », lui a-t-elle alors lancé, presque en chuchotant. L’homme a évidemment nié, la traitant de folle. « J’avais vu ce qu’il faisait, mais il m’a presque fait douteur », confie l’auteure. L’homme est ensuite parti vers les marches, où il a attendu avant de sortir de l’eau « qui cachait son état ».
Une parole remise en doute
Alors qu’il allait partir, elle a haussé la voix, pour interpeller le maître nageur qui était arrivé. « Ce monsieur était en train de se m… », a-t-elle dit. L’homme a de nouveau nié, mais le mari de Virginie Grimaldi est intervenu. Il avait également vu la scène. L’homme est ensuite parti et le maître nageur a appelé sa responsable, confiant à la romancière qu’il avait déjà surpris l’homme, à plusieurs reprises, nu dans le sauna.
L’auteure déplore alors le fait que la responsable lui ait demandé à plusieurs reprises si elle était sûre de ce qu’elle disait. Elle avait croisé le client, qui lui avait affirmé avoir simplement remonté son short de bain. « C’est un client fidèle, on n’a jamais eu de problème avec lui », lui a-t-elle dit. Des paroles qui ont mis Virginie Grimaldi en colère. « Sa parole à lui n’avait pas été remise en doute », regrette-t-elle. La femme s’en est voulu, et l’autrice explique qu’elle ne lui en veut pas, mais que c’était « violent ».
Une fois remontée dans sa chambre, elle en a discuté avec ses enfants. « Le petit n’a pas réalisé, mais le grand a vu, et, en passant près de l’homme, l’a entendu respirer fort. Il a eu du mal à s’endormir. »
Une plainte déposée
Virginie Grimaldi confie alors avoir hésité à porter plainte, pendant cela inutile. « Puis j’ai pensé à l’affaire Pelicot et à cet autre pervers que je n’ai pas osé dénoncer il y a vingt ans, ce que je regrette encore. » Elle est alors allée déposer plainte, le soir même. Elle précise qu’il s’agit d’un homme d’une soixantaine d’aqnnée et qu’il a donc peut-être déjà un passif. « J’ai été prise au sérieux au commissariat. C’est ce qui m’a fait comprendre que c’était grave. »
Elle a recontacté l’hôtel, faisant part de sa colère d’avoir été remise en doute. Le directeur l’a appelée pour s’excuser et a ajouté une main courante au dossier. L’homme a été exclu du spa, dont il était client régulier. Malgré tout, la romancière confie y penser souvent et même se sentir coupable. « J’essaie de chasser ce sentiment, mais il me colle aux basques, parce que c’est comme ça qu’on nous élève, nous, les gemme. Le pauvre, je vais le mettre mal à l’aise. Le pauvre, il avait l’air si gêné. Le pauvre, ça va peut-être détruire sa vie. » Avant d’ajouter : « Un homme s’est fait plaisir devant mes enfants et j’ai de la peine pour lui. Et c’est MA parole qu’on remet en doute ».
Elle confie également avoir douté de la gravité de la situation. « On est habituées », dit-elle, parlant au nom des femmes. Une scène qui lui est déjà arrivée trois fois : « La première, j’avais sept ans. Le jardinier du travail de ma mère a ‘fait pipi’ en me demandant de le regarder. Un autre, plus tard, dans sa voiture sur un parking. Et celui-là, il y a vingt ans, depuis sa fenêtre, en sifflant pour qu’on le regarde ». Elle explique alors avoir livré ce témoignage pour encourager d’autres femmes à parler quand elles vivent ce genre de situation. « On a encore du chemin, mais sans les affaires récentes, sans le féminisme qui est si souvent décrié […], sans des témoignages lus sur les réseaux, j’aurais fermé les yeux, comme les autres fois. Et l’homme aurait pu continuer pépouze à remonter son maillot au milieu d’enfants. »