Un petit essai pilote suggère qu’un supplément de nitrate à base de betterave peut modifier les voies de l’oxyde nitrique et du redox chez les triathlètes amateurs, mais il n’a pas été prouvé que ces changements biochimiques se traduisent par une meilleure endurance ou une meilleure récupération.

Étude : Effet de la supplémentation en nitrate de betterave sur les voies de l’oxyde nitrique et les biomarqueurs oxy-inflammatoires chez les triathlètes amateurs : une étude pilote croisée randomisée. Crédit d’image : StockImageFactory.com/Shutterstock

Une étude italienne récente publiée dans la revue Nutriments explore un nouveau supplément de nitrate multi-ingrédients à base de betterave chez les triathlètes amateurs. Après une semaine, la supplémentation a nettement augmenté les biomarqueurs clés liés à l’oxyde nitrique (NON) production et activité redox, sans signe de dommages oxydatifs lipidiques. Il est important de noter que le supplément a été bien toléré et qu’aucun effet indésirable n’a été signalé.

Ces premiers résultats mettent en évidence son potentiel à influencer les voies physiologiques pouvant être pertinentes pour la performance en endurance, mais l’étude n’a pas mesuré directement les résultats en matière de performance, d’endurance ou de récupération. Cependant, des essais contrôlés de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer les bénéfices fonctionnels.

Oxyde nitrique, exercice et nitrate

L’oxyde nitrique joue un rôle central dans la régulation vasculaire, le métabolisme et la fonction des muscles squelettiques, en favorisant la circulation sanguine, l’efficacité mitochondriale et les performances d’endurance. Il interagit également étroitement avec le stress oxydatif et les voies inflammatoires, et les déséquilibres de ces voies peuvent contribuer à la fatigue et aux lésions tissulaires pendant l’exercice.

Les sources alimentaires de nitrate telles que la betterave ont montré leur potentiel pour augmenter la disponibilité de l’oxyde nitrique et améliorer les résultats liés à l’exercice. Cependant, les preuves actuelles restent limitées et hétérogènes, avec des variations considérables dans la conception des études, les stratégies de dosage et les caractéristiques des participants. Il est important de noter que seul un petit nombre d’études ont examiné simultanément le métabolisme de l’oxyde nitrique ainsi que l’équilibre rédox et les marqueurs inflammatoires, laissant ainsi des lacunes mécanistiques importantes dans les populations sportives entraînées.

Conception d’étude croisée sur le supplément de betterave

Dans cette étude randomisée, ouverte et croisée, les chercheurs ont examiné l’impact aigu et à court terme d’un supplément de nitrate à base de betterave chez les triathlètes amateurs masculins.

L’équipe a recruté des personnes en bonne santé âgées de 30 à 59 ans, qui se sont toutes entraînées pendant ≥ 300 minutes par semaine et ont maintenu un régime alimentaire et une activité stables tout au long de l’étude. Ils ont exclu les personnes ayant des habitudes de tabagisme, une consommation élevée d’alcool ou de caféine, des problèmes de santé sous-jacents, des infections récentes ou une utilisation de suppléments afin de minimiser les facteurs de confusion.

Le protocole comprenait deux phases de sept jours, supplémentation et contrôle, avec un intervalle de 15 jours entre les phases. Les enquêteurs ont randomisé les participants selon un rapport de 1 : 1 en deux séquences, de sorte que chaque participant servait de son propre contrôle. Ils ont ajusté la dose du supplément en fonction du poids corporel : 10 g (≤ 80 kg), 20 g (80 à 90 kg) ou 30 g (> 90 kg), dissous dans l’eau, et ont demandé aux participants de le consommer quotidiennement à heure fixe. L’équipe a surveillé le respect des règles au moyen de journaux quotidiens et de contrôles de retour des produits. La formulation contenait également des ingrédients outre le nitrate dérivé de la betterave, notamment la L-citrulline, la L-arginine, les glucides et la N-acétylcystéine.

Les chercheurs ont collecté des échantillons de sang et d’urine aux jours 1, 7, 22 et 28 pour évaluer NON métabolites, marqueurs de stress oxydatif et cytokines inflammatoires. Ils ont utilisé des techniques de laboratoire standardisées, notamment des tests immuno-enzymatiques (ELISA) et spectroscopie de résonance paramagnétique électronique (REP), pour quantifier les biomarqueurs. Les analyses urinaires incluaient la peroxydation lipidique et les taux de créatinine.

Les enquêteurs ont programmé des visites à des heures similaires et ont mené l’étude pendant une période de formation non compétitive. Des évaluations supplémentaires comprenaient la composition corporelle, l’échocardiographie et des questionnaires tels que le Questionnaire international sur l’activité physique (IPAQ) et une enquête alimentaire sur l’apport en nitrates. L’équipe a évalué la tolérance gastro-intestinale à l’aide de l’échelle d’évaluation des symptômes gastro-intestinaux (GSRS) et une activité surveillée en permanence avec des appareils portables.

Résultats des biomarqueurs d’oxyde nitrique et d’oxydoréduction

Dix individus (âge moyen 48 ans ; indice de masse corporelle (IMC), 24 kg/m²) a complété l’étude. Les participants ont montré un profil d’endurance typique avec une faible masse grasse corporelle et une masse maigre élevée. L’activité physique est restée stable pendant les 28 jours, avec des différences non significatives entre les phases ou séquences d’étude. Cependant, il y avait une certaine variabilité entre les mesures autodéclarées et celles basées sur les appareils.

Après une semaine de supplémentation, les chercheurs ont observé des augmentations significatives des biomarqueurs clés. Ceux-ci comprenaient NON métabolites (NOx155%), peroxynitrite (60%), monoxyde d’azote synthase inductible (iNOS56 %), 3-nitrotyrosine (3-NT, environ 9,0 %), interleukine-6 ​​(IL-6 cytokine, 73 %) et espèces réactives de l’oxygène (ROS413 %). La consommation aiguë a également rapidement augmenté iNOS et les niveaux de peroxynitrite, indiquant une activation rapide des voies de l’oxyde nitrique. Ces élévations ont persisté pendant 7 jours, suggérant une NON génération, bien que l’étude n’ait pas testé si cela se traduisait par une amélioration de l’efficacité ou de la performance de l’exercice. Il est important de noter que les marqueurs de peroxydation lipidique sont restés stables, indiquant l’absence de dommages oxydatifs manifestes malgré une activité redox accrue.

L’augmentation observée de ROSle peroxynitrite et les cytokines peuvent refléter, comme l’interprètent les auteurs, une réponse redox et immunitaire coordonnée plutôt qu’une inflammation nocive. Chez les individus entraînés, ces augmentations transitoires sont souvent liées à des processus de signalisation adaptatifs qui soutiennent la fonction vasculaire, l’efficacité mitochondriale et la régulation métabolique. La stabilisation des marqueurs oxydatifs au fil du temps suggère en outre une évolution vers une homéostasie rédox contrôlée. Le supplément a été bien toléré et aucun effet indésirable n’a été signalé. Un participant a signalé des selles molles légères, mais les enquêteurs n’ont pas classé cela comme un effet indésirable car cela s’était produit auparavant.

Diagramme schématique des mécanismes sous-jacents à la supplémentation en nitrate à base de betterave (B-bN) et ses effets sur le métabolisme de l'oxyde nitrique, l'équilibre redox et l'inflammation chez les athlètes d'endurance. Le nitrate alimentaire (NO3−) est absorbé et réduit en nitrite (NO2−) et en oxyde nitrique (NO), augmentant ainsi la biodisponibilité systémique du NO dans le sang et l'urine. Une signalisation améliorée du NO est associée à une activité accrue de l'oxyde nitrique synthase (NOS) et à la formation en aval d'espèces réactives de l'azote, notamment le peroxynitrite et la 3-nitrotyrosine. Bien que la production d'espèces réactives de l'oxygène augmente, les défenses antioxydantes (par exemple, l'activité de la SOD) et les marqueurs de peroxydation lipidique restent inchangés, indiquant un équilibre rédox préservé. De légères augmentations d'IL-6 reflètent une adaptation physiologique plutôt qu'une inflammation pathologique, confirmant l'innocuité et l'efficacité des B-bN dans la modulation des voies liées au NO sans induire de dommages oxydatifs. •NO, oxyde nitrique ; H2O2, peroxyde d'hydrogène ; NOS, oxyde nitrique synthase ; NO2−, nitrites; NO3−, nitrate ; NO2, dioxyde d'azote ; NO2−/NO3−, pool nitrite/nitrate ; ONOO−, peroxynitrite ; ONOOH, acide peroxynitreux ; O2−, anion superoxyde ; •OH, radical hydroxyle ; RONS, espèces réactives de l'oxygène et de l'azote ; SOD, superoxyde dismutase.

Diagramme schématique des mécanismes sous-jacents à la supplémentation en nitrate à base de betterave (B-bN) et ses effets sur le métabolisme de l’oxyde nitrique, l’équilibre redox et l’inflammation chez les athlètes d’endurance. Nitrate alimentaire (NON3−) est absorbé et réduit en nitrite (NO2−) et l’oxyde nitrique (NO), augmentant la biodisponibilité systémique du NO dans le sang et l’urine. Une signalisation améliorée du NO est associée à une activité accrue de l’oxyde nitrique synthase (NOS) et à la formation en aval d’espèces réactives de l’azote, notamment le peroxynitrite et la 3-nitrotyrosine. Bien que la production d’espèces réactives de l’oxygène augmente, les défenses antioxydantes (par exemple, l’activité de la SOD) et les marqueurs de peroxydation lipidique restent inchangés, indiquant un équilibre rédox préservé. De légères augmentations d’IL-6 reflètent une adaptation physiologique plutôt qu’une inflammation pathologique, confirmant l’innocuité et l’efficacité des B-bN dans la modulation des voies liées au NO sans induire de dommages oxydatifs. •NO, oxyde nitrique ; H2Ô2peroxyde d’hydrogène; NOS, oxyde nitrique synthase ; NON2−nitrites; NON3−nitrates; NON2dioxyde d’azote; NON2−/NON3−piscine nitrite/nitrate ; ONOO−peroxynitrite; ONOOH, acide peroxynitreux ; Ô2−anion superoxyde; •OH, radical hydroxyle ; RONS, espèces réactives de l’oxygène et de l’azote ; SOD, superoxyde dismutase.

Implications du supplément de betterave pour l’entraînement d’endurance

Les résultats suggèrent que ce supplément à base de betterave pourrait soutenir la signalisation liée à l’oxyde nitrique tout en maintenant l’équilibre oxydatif chez les individus entraînés en endurance. Les augmentations observées dans NON Les métabolites et les espèces rédox-actives semblent refléter des réponses adaptatives contrôlées selon les auteurs, mais l’étude n’a pas établi si ces changements biochimiques améliorent les performances sportives ou la récupération. Bien que ces changements biochimiques laissent entrevoir des avantages potentiels en termes de performances et de récupération, cette possibilité n’a pas encore été prouvée dans cet essai.

Les recherches futures devraient donner la priorité à des essais contrôlés par placebo de plus grande envergure avec des conditions d’alimentation et d’entraînement cohérentes, des périodes de suivi plus longues et l’inclusion de femmes et d’athlètes plus jeunes pour améliorer la généralisabilité. La combinaison de mesures moléculaires, physiologiques et fonctionnelles sera essentielle pour clarifier l’impact réel de la supplémentation en nitrate et son rôle dans l’optimisation de l’entraînement en endurance et de la récupération. La petite taille de l’échantillon de l’étude, la cohorte exclusivement masculine, la conception ouverte et l’absence de résultats directs en matière de performance doivent être prises en compte lors de l’interprétation des résultats.