En février 2026, une étude publiée dans Jama Internal Medicine a relancé un débat scientifique de fond : les scanners médicaux exposent-ils les patients à un risque accru de cancer ?
La recherche porte sur les pratiques américaines, mais ses enseignements concernent tous les systèmes de santé où l’imagerie par rayons X occupe une place centrale.
Le constat est nuancé : ces examens restent essentiels, mais leur multiplication soulève des questions légitimes sur l’optimisation des doses et la pertinence des prescriptions.
Scanner et cancer : des chiffres qui interrogent
En 2023, les États-Unis ont enregistré 93 millions de scanners réalisés sur plus de 62 millions de patients. L’étude estime que ces examens pourraient générer environ 103 000 cancers supplémentaires au cours de la vie des personnes exposées. Rapporté aux diagnostics annuels, ce chiffre représenterait 5 % des nouveaux cas de cancer chaque année.

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Pour saisir l’ampleur de ce risque, voici quelques comparaisons issues de la même étude :
L’alcool est impliqué dans environ 5,4 % des cancers diagnostiqués chaque année.L’obésité contribue à près de 7,6 % des cas.Le scanner rejoindrait ainsi les grands facteurs de risque contemporains.
Les projections reposent sur des données issues de plus de 120 000 examens cliniques réels. Les chercheurs ont intégré l’âge, le sexe, la zone anatomique analysée et le nombre de phases d’acquisition. Même avec des hypothèses ajustées à la baisse, les estimations restent préoccupantes.
Certains cancers apparaissent plus fréquemment après une exposition prolongée aux rayonnements ionisants : poumon, côlon, vessie, thyroïde et leucémie figurent parmi les plus cités. Chez les femmes, les cancers du sein et de la thyroïde surviennent plus souvent, malgré des doses reçues comparables à celles des hommes. Cet écart s’explique par des facteurs biologiques et par les modèles statistiques construits à partir des données des survivants d’Hiroshima et Nagasaki.

Une étude relance le débat sur les cancers qui pourraient advenir à la suite de l’exposition aux radiations lors des scanners. © JohnnyGreig, iStock
Repenser l’imagerie médicale sans la bannir
Les zones corporelles les plus exposées restent l’abdomen, le thorax et le bassin. Les scanners abdominaux et pelviens pourraient à eux seuls provoquer plus de 37 000 cancers, selon les auteurs. Les enfants sont particulièrement vulnérables aux rayons ionisants, surtout avant l’âge d’un an. Chez les adultes, c’est la répétition des examens qui alourdit le risque cumulé.

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Face à ces données, l’American College of Radiology maintient une position mesurée. L’organisation reconnaît l’utilité centrale du scanner : il accélère les diagnostics, évite des chirurgies inutiles et guide les traitements. Aucune étude n’a établi de lien direct entre un scanner précis et un cancer spécifique chez un patient donné. Elle souligne aussi les progrès réalisés dans la réduction des doses et l’importance de l’accréditation des centres d’imagerie.
Des initiatives existent déjà pour encadrer les pratiques. Les campagnes Choosing Wisely et Image Gently proposent des outils concrets aux médecins prescripteurs. Les patients peuvent eux-mêmes poser trois questions clés avant tout examen :
Cet examen est-il réellement indispensable à mon diagnostic ?Existe-t-il une alternative sans rayonnement, comme l’IRM ou l’échographie ?Le centre respecte-t-il les protocoles de radioprotection en vigueur ?
Les avancées technologiques ouvrent aussi des perspectives encourageantes. Certains hôpitaux déploient des protocoles d‘imagerie à doses réduites. Des outils d’intelligence artificielle évaluent la pertinence réelle de chaque prescription. D’autres systèmes tracent précisément les doses reçues par chaque patient tout au long de son parcours de soin.
Réduire les expositions inutiles n’est pas un recul médical : c’est l’exigence d’une médecine plus précise, plus responsable et mieux ajustée aux besoins réels de chaque patient.