À 52 ans, Joke (prénom d’emprunt) avance à petits pas vers une reconstruction longtemps inimaginable. Pendant des années, cette habitante de Rotterdam a vécu sous l’emprise d’un compagnon violent, dans une relation faite d’humiliations et de peur. Sur son corps, les stigmates de cette domination ont pris une forme extrême : plus de 250 tatouages imposés, répétant le nom de son agresseur (Hans), parfois accompagnés de messages de possession.
Réalisés avec une machine achetée à bas prix, ces marquages couvrent presque tout son corps, jusqu’au visage. « Partout, il y avait son nom », témoigne un spécialiste du détatouage qui l’a prise en charge interrogé par nos confrères de la presse flamande (HLN). Bien plus qu’une atteinte physique, ces inscriptions constituaient une stratégie d’emprise totale, inscrivant dans la peau ce que la violence imposait déjà au quotidien. Aujourd’hui, Joke est devenue malgré elle un symbole. Celui d’un phénomène encore largement invisible : les tatouages imposés aux femmes dans des relations toxiques. Pour briser ce tabou, elle a accepté de prêter son visage à la campagne « Uit je hart, uit je huid » (« Du cœur à la peau »), lancée début avril par la fondation néerlandaise Spijt van Tattoo.
L’objectif : financer le retrait de ces tatouages pour des femmes qui, comme elle, portent sur leur corps les traces d’une violence subie. Le succès de l’initiative est immédiat. En quelques jours, près de 31 000 euros ont été récoltés, permettant d’achever son traitement — un processus long, coûteux et douloureux. Car effacer un tatouage revient en moyenne dix fois plus cher que de le réaliser. Pour Joke, la facture atteint plusieurs dizaines de milliers d’euros.
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Si une grande partie des marques a déjà disparu depuis 2024, notamment sur son visage, la reconstruction est loin d’être terminée. « Les blessures psychologiques restent
« , rappellent les professionnels qui l’accompagnent. Chaque tatouage effacé est une étape, mais aussi un rappel du chemin à parcourir. En prenant la parole, Joke espère désormais aider d’autres victimes à sortir de l’ombre. Son message est simple : il est possible de se relever. Et parfois, ce rétablissement commence par effacer ce que l’on n’a jamais choisi de porter.
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