Feuilla, dans l’Aude, 108 habitants, a connu une soirée de la Saint-Valentin agitée avec le spectacle qu’a tenté de jouer Dieudonné, ce samedi 14 février. En colère, Marie-Josée Gleizes, la maire, s’explique.
Le spectacle de Dieudonné n’a finalement pas eu lieu. Pas à Feuilla en tout cas, ce samedi soir, petit village des Corbières de 108 âmes…
Par un arrêté préfectoral publié le 12 février, le préfet de l’Aude, comme son homologue des Pyrénées-Orientales, avait interdit la représentation de « Best’of », ou de tout autre spectacle dans lequel Dieudonné serait comédien, metteur en scène ou auteur pour une durée de un mois.
« Expulsé » des Pyrénées-Orientales où il devait se produire le samedi 14 février, l’humoriste controversé avait alors envisagé une représentation plus discrète, à Feuilla, pas très loin de Fitou et de Treilles.
La maire, Marie-Josée Gleizes, raconte une soirée de Saint-Valentin « totalement irréelle ». « C’était un samedi normal. Je venais d’aller coucher ma mère », confie-t-elle, particulièrement remontée. Mais vers 19 h 30, son téléphone sonne. « La gendarmerie me dit : “Madame le maire, vous savez que vous avez un spectacle de Dieudonné au village, à la salle des fêtes ?” Franchement, j’ai cru à une blague. »
L’élue tombe des nues. « La salle, je l’avais prêtée à un administré pour un anniversaire. Il m’avait parlé d’un petit repas entre cinq ou six amis. Il devait initialement organiser cela à Embres-et-Castelmaure, mais il m’a expliqué qu’il n’y avait pas de lumière. À aucun moment il n’a été question d’un spectacle. » Un rendez-vous est immédiatement fixé au centre du village avec les gendarmes. « Et là, je vois arriver le monsieur qui avait loué la salle. Je lui demande : “Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?” C’est à ce moment-là que j’apprends que lui ou son épouse est fan de Dieudonné. Je ne le savais absolument pas. »
À l’intérieur du foyer communal, la surprise est de taille. « Mon adjoint me prévient qu’une scène a été installée, des chaises alignées… Ce n’était pas un simple anniversaire. Tout était prêt pour accueillir du public », décrit la maire. Selon elle, moins d’une centaine de personnes étaient déjà présentes ou attendaient le début de la représentation. « On a immédiatement fermé le foyer. On a tout fait démonter. » La tension monte rapidement. « J’ai été insultée, j’en ai pris de toutes les couleurs, on m’a traité de fasciste… Mais j’ai expliqué calmement que le spectacle ne pouvait pas avoir lieu sans autorisation municipale. »
La municipalité ne le savait pas. Cela a été organisé à notre insu, sans aucun accord
Des renforts de gendarmerie sont appelés pour sécuriser les lieux et disperser les participants : « Le major a dû demander du renfort pour faire partir tout le monde, ils voulaient organiser un sit-in devant… ». Finalement, les gens ont été escortés, sans incident majeur.
Marie-Josée Gleizes insiste sur un point : « La municipalité ne le savait pas. Cela a été organisé à notre insu, sans aucun accord. Le village n’était pas dans l’affaire. C’est le fait d’une seule personne, qui devra en assumer les conséquences ». Le foyer communal, rappelle-t-elle, peut accueillir au maximum une centaine de personnes. « Ce n’est pas une salle adaptée à ce genre d’événement. Nous sommes une petite commune, très paisible. On ne s’attend pas à vivre ce genre de situation après tout ce que l’on a dû traverser ».
Dieudonné a fait l’objet de plusieurs condamnations pénales entre 2000 et 2023, dont certaines définitives, notamment pour injures publiques et raciales, provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse, contestation de crimes contre l’humanité, apologie d’actes de terrorisme et propos injurieux envers des Juifs. Ce qui avait justifié la publication de l’arrêté prefectoral.
Dieudonné se serait finalement produit samedi soir en Espagne, à La Jonquera…