En outre, la forte production photovoltaïque entraîne, à certains moments, des prix négatifs sur les marchés de gros. En 2022, les prix ont été négatifs pendant 112 heures, contre 408 heures en 2024, et 520 heures en 2025 (entre le 1er janvier et la mi-novembre).
« Nous ne discutons avec personne d’une possible prolongation nucléaire »Pilotage du réseau plus complexe
Par ailleurs, la montée en puissance des énergies renouvelables complique la gestion des réseaux électriques, notamment en Belgique. La Creg avance deux raisons. Premièrement, il y a moins d’unités de production d’électricité « pilotables » sur le réseau (en raison de la montée en puissance des énergies renouvelables). Deuxièmement, les erreurs de prévision de la production photovoltaïque peuvent entraîner des soucis (ce problème de prévision se pose moins pour les éoliennes).
Parmi les problèmes pouvant se présenter, la Creg mentionne les situations d’incompressibilité de la production d’électricité. Il s’agit de moments où la production d’électricité est trop importante par rapport à la demande. Une panne pourrait donc se produire sur le réseau, du fait de l’impossibilité de diminuer suffisamment la production d’électricité.
« Ces situations d’incompressibilité n’ont heureusement pas causé d’incidents, mais le risque augmente fortement dans ces situations »
En Belgique, 62 % de la capacité photovoltaïque installée est détenue par des particuliers. Il n’est donc pas possible, pour les gestionnaires de réseaux électriques, de couper cette production en cas de surproduction.
Entre février et septembre 2025, la Creg a dénombré 20 quarts d’heure avec une telle situation de surproduction : 6 en mars, 3 en avril, 3 en mai, 2 en juillet et 6 en août.
Le risque augmente
« Ces situations d’incompressibilité n’ont heureusement pas causé d’incidents, mais le risque augmente fortement dans ces situations », relève la Creg.
Par ailleurs, sans l’aide de nos voisins, le nombre de situations critiques aurait été quatre fois supérieur, relève le régulateur.
Toutefois, la Creg a observé un doublement du nombre de situations d’incompressibilité en 2025, par rapport 2024. L’aide de nos voisins ne permet donc pas de réduire les risques.
La Creg constate qu’en général, les situations de surproduction d’électricité ont lieu lorsque d’autres moyens de production que les énergies renouvelables sont en fonctionnement.
Elia alerte sur un risque de surproduction d’électricité
Or normalement, les prix négatifs devraient inciter les unités « pilotables » à arrêter leur production, pour ne pas subir de pertes financières. Comment expliquer, dès lors, que ces moyens de production ne sont pas mis à l’arrêt par leurs propriétaires ?
« Les centrales nucléaires belges ne sont plus capables de moduler leur production après la clôture du marché day-ahead (NdlR : le marché pour livraison le lendemain) », avance, notamment, la Creg. Mais, en raison d’une sous-estimation de la production photovoltaïque, les prix peuvent être insuffisamment négatifs la veille que pour inciter le nucléaire à réduire (ou arrêter) sa production. Et, le lendemain, il est trop tard pour réagir pour une centrale nucléaire (ce problème s’est présenté le 17 août 2025).
En outre, la modulation de la puissance des centrales nucléaires n’est possible que quelques fois par an et dans certaines limites en vue de respecter la sûreté nucléaire.
Par ailleurs, jusqu’en 2028, Tihange 3 et Doel 4 seront à l’arrêt durant l’été. Ensuite, ces centrales seront de nouveau disponibles toute l’année. Selon la Creg, cette disponibilité accrue « augmentera grandement le risque d’incompressibilité et risque de mettre à mal la sécurité du réseau […] ». Selon le régulateur, ce risque se matérialisera si aucune mesure n’est prise d’ici 2029. Il faudrait augmenter la flexibilité sur le réseau : via des batteries à recharger en cas de surproduction, des consommateurs acceptant d’augmenter leur consommation quand c’est nécessaire, ou d’autres mesures.