Près d’une heure de danse endiablée, jouissive, interprétée par 12 danseurs formidables à l’énergie inépuisable.

Boris Charmatz: « J’aime errer dans un espace mental »

Au début, les douze danseurs entrent lentement en scène, occupant la diagonale, habillés de toutes les couleurs. Ils se tiennent par la main, marchent lentement tout en chantonnant et esquissant déjà des petits gestes de rupture.

Mais vite la musique se fait forte, vibrante, et la danse explose dans des tourbillons d’énergies contraires. Des solos, duos et trios alternent, souvent plein d’humour avec, au cœur de la chorégraphie, les souvenirs du carnaval argentin qu’Ayelen Parolin a connu enfant.

Explorer les façons de tisser des liens.

« Je me souviens, dit-elle, d’être allée au corso pendant le carnaval et avoir vu pour la première fois la murga (des troupes de 13 à 17 personnes mélangeant chœurs satiriques, danse et costumes grotesques). Ce souvenir s’est ancré en moi comme un trésor précieux. La rencontre avec le carnaval de Buenos Aires m’a tellement marquée que j’ai mille fois rêvé de faire partie de la comparsa (les groupes qui défilent durant le carnaval). »

Irresistible Revolution , Ayelen Parolin -Irresistible Revolution , Ayelen Parolin -Irresistible Revolution, Ayelen Parolin ©Photo: Stanislav Dobak

Elle l’a transposé à Irrésistible Revolution, pour en faire une « ode chorégraphique à l’acte d’être ensemble à partir de ce que l’on est et de ce que l’on peut. Inspirés par le potentiel de liberté débridée de tout rassemblement qui rend possible la dérive vers l’imprévisible, de mouvements indomptables, insoumis, pour mieux explorer les façons de tisser des liens. »

Nuée d’étourneaux

La musique rythmique, obsédante, ne cesse d’électriser les corps, pris de tremblements irrépressibles, de sautillements incessants, comme piqués par des tarentules. Le groupe se reforme sans cesse pour ensuite se disloquer, comme une nuée d’étourneaux.

Pleine d’humour, la pièce peut changer brusquement de régime. Pendant un court moment, la musique devient classique et les danseurs forment un Radeau de la Méduse ou, tout aussi brièvement, la scène se vide laissant seuls deux danseurs qui se hument étrangement.

Pina Bausch traverse le temps, toujours enthousiasmante

Les saynètes se multiplient ou alors le groupe se retrouve poings dressés. La révolution carnavalesque, délire joyeux, entre plaisir et rébellion, se termine par un silence suivi d’un ultime chant clamé par tous les danseurs.

Un très beau spectacle qui démontre la capacité d’Ayelen Parolin de chorégraphier aussi pour des grands groupes.

Théâtre National, Bruxelles, jusqu’au 18 avril.