Une idée « effrayante »

Car la fusion est hors norme et unique dans l’aérien : elle permettrait la création d’un véritable géant du ciel, qui contrôlerait plus de 40 % du très large marché intérieur américain, le plus fréquenté au monde. Ce chiffre grimperait même à plus de 70 % dans des hubs importants pour le pays, comme à Chicago.

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Cette potentielle concentration de pouvoir économique fait déjà grincer des dents, avant même que le moindre accord ne soit signé entre les deux acteurs historiques des États-Unis.

« L’idée qu’une seule compagnie aérienne puisse assurer quatre vols sur dix chaque jour est tout simplement effrayante », explique ainsi, sur CNN, William McGee, chercheur à l’American Economic Liberties Project, un groupe qui s’intéresse aux fusions d’entreprises. « C’est sans aucun doute la fusion entre compagnies aériennes la plus absurde dont j’aie jamais entendu parler. Cela serait préjudiciable aux consommateurs, aux travailleurs, ainsi qu’à des villes et des régions entières ».

Biden et Trump, deux voies différentes

L’une des craintes de cette fusion est que les prix des billets d’avion s’envolent au pays de l’Oncle Sam. C’est ce qui arrive souvent lorsque la concurrence des compagnies devient limitée entre deux destinations. Récemment, l’administration Biden avait aussi refusé une fusion entre les low cost Jet Blue et Spirit Airlines pour ces mêmes raisons de concurrence.

Mais l’administration du président Donald Trump, adepte de la dérégulation, aurait visiblement une autre vision du secteur. Le président « himself » aurait même laissé entrevoir un certain soutien à ce projet. « Donald Trump adore voir se conclure de grosses transactions », a ainsi expliqué le secrétaire américain aux transports, Sean Duffy, lors d’une interview accordée à CNBC. Selon ce dernier, il y a de la « place » pour des fusions dans le secteur.

Même scénario en Europe ?

Notons toutefois que les différents spécialistes restent très sceptiques quant à la réussite de cette méga-fusion. Le marché aérien américain est ainsi déjà largement consolidé, avec quatre compagnies (United, Delta, American et la low cost Southwest) qui opèrent près de 80 % de l’ensemble des vols.

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Ces vingt dernières années, une dizaine de compagnies, comme TWA, Continental, Northwest ou US Airways, ont ainsi déjà été « avalées » par l’un des quatre « majors ». Si elle est la plus fréquentée, American Airlines n’en est pas moins la plus fragile économiquement des grands transporteurs US.

On le voit, la situation aux États-Unis est très différente de celle de l’Europe, où l’on compte encore une bonne centaine de compagnies aériennes. Même si certains, comme Michael O’Leary, le patron de Ryanair prévoit un scénario à l’américaine pour le Vieux Continent. Selon lui, dans quelques années, seules quelques grandes compagnies, dont la sienne, survivront dans le ciel européen.