Menaces directes contre l’Europe

En pleine montée de sang, le Kremlin avait déjà ouvertement menacé mercredi de cibler les usines ukrainiennes de fabrication de drones implantées en Europe. Pour concrétiser cette menace, le ministère russe de la défense a ensuite publié une liste précise d’installations situées au Royaume-Uni, en Allemagne, au Danemark, en Lettonie, en Lituanie, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne et en République tchèque. « La déclaration du ministère de la défense russe doit être prise au pied de la lettre », a encore insisté Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité et belliciste en chef de Moscou. La liste des installations européennes fabriquant des drones et autres équipements est une liste de cibles potentielles pour les forces armées russes. Quand les frappes deviendront réalité dépend de la suite des événements ».

Le timing de cette escalade n’a rien d’anodin. En pleine tournée européenne, le président Ukrainien Volodymyr Zelensky a signé lundi dix accords bilatéraux avec l’Allemagne, portant entre autres sur la production et la livraison d’armement. Le lendemain, Londres annonçait la livraison à Kiev de 120 000 drones de courte, moyenne et longue portée. Et ce mercredi, la première ministre italienne Giorgia Meloni officialisait à son tour une coopération renforcée avec Kiev en matière de défense, suivie de quelques heures par la ministre néerlandaise de la défense Dilan Yesilgöz-Zegerius et une promesse d’investissement de 248 millions d’euros dans la production de drones.

Comment l’Ukraine a-t-elle fait pour s’imposer dans les airs? « La technologie s’est adaptée à la réalité de la guerre »

Or, Kiev est d’ores et déjà en train de prendre l’ascendant dans les airs grâce à son industrie de défense, alimentée entre autres par des fonds européens, et n’a cessé de regagner de petites portions de terrain le long de la ligne de front au cours des deniers mois. Selon le ministre ukrainien de la défense, Mykhaïlo Fedorov, dont les propos sont impossibles à corroborer, la Russie perdrait par ailleurs actuellement 254 soldats par kilomètre carré, soit davantage – selon lui – que les capacités de « renouvellement » de Moscou.

Économie en berne

Pour le Kremlin, il y a plus embêtant encore. Lors d’une sortie inhabituelle, le président russe Vladimir Poutine s’est inquiété mercredi du déclin de l’économie russe en ce début d’année. Sur les mois de janvier et février, le Produit intérieur brut (PIB) de la Russie a en effet diminué de 1,8 % a-t-il indiqué. Des indicateurs, qui sont « non seulement inférieurs aux attentes des experts et analystes, mais aussi aux prévisions du gouvernement et de la Banque centrale » selon le président, qui a exigé « des propositions de mesures supplémentaires afin de relancer la croissance de l’économie » russe.

La très efficace campagne de frappes ukrainiennes contre les sites pétroliers russes

Supérieur à 50 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit l’équivalent de 1,9 % du PIB, le déficit budgétaire dépasse déjà les prévisions pour l’année entière. Les dépenses militaires colossales au profit de l’armée russe engagée dans le conflit en Ukraine ne suffisent plus à tirer l’économie, et Kiev ne cesse de frapper les infrastructures russes d’exploitation des hydrocarbures, pour éviter que Moscou ne tire trop parti de la crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient, la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz et la levée des sanctions américains.

Loin de tenir discours triomphaliste, Volodymyr Zelensky ne cesse désormais d’appeler ses partenaires occidentaux à renforcer leurs sanctions contre Moscou, et Washington à ne pas alléger les siennes. Certes dans une passe délicate, Moscou demeure en économie de guerre, mise sur une crise énergétique prolongée pour renflouer ses caisses et fait tout pour affaiblir les soutiens de l’Ukraine.