Un marché très particulier
Les marchés de gros de l’électricité fonctionnent de façon particulière. Ainsi, l’algorithme de formation des prix ne tient compte que des coûts opérationnels de chaque technologie de production d’électricité.
Pour une centrale nucléaire, on ne tient compte que du coût de l’uranium et du personnel, pas de l’investissement dans la centrale. Pour une centrale au gaz, on considère le prix du gaz et du personnel, pas l’investissement dans la centrale. Et pour les énergies renouvelables, les coûts opérationnels peuvent être nuls, étant donné que le vent et le soleil sont gratuits.
En outre, les prix de gros de l’électricité s’alignent sur les coûts opérationnels de la technologie la plus chère. Ainsi, si une seule centrale au gaz est nécessaire pour couvrir la demande d’électricité, les prix de gros s’alignent sur les coûts de la centrale au gaz. Et comme il faut environ deux unités de gaz pour produire une unité d’électricité, la flambée des prix du gaz peut rapidement contaminer les prix de l’électricité. C’est d’ailleurs ce qu’on avait vu au mois d’août 2022, lorsque les prix de l’électricité avaient frôlé 450 euros par MWh, en moyenne, en Belgique.
On comprend donc l’intérêt de recourir le moins possible aux centrales au gaz, surtout lorsque le prix de celui-ci explose.
Au contraire, la présence d’énergies renouvelables (éoliennes, panneaux photovoltaïques, barrages hydroélectriques…) et de centrales nucléaires permet de faire baisser les prix de gros.
« L’Espagne se distingue »
Or, sur la période janvier-mars 2026, les prix de gros de l’électricité ne se sont alignés sur les coûts des centrales au gaz que 12 % du temps en Espagne, selon le consultant Ember. C’est moins qu’en France (21 %) et beaucoup moins qu’en Belgique (32 %), en Allemagne (35 %) et en Italie (84 %).
« L’Espagne se distingue par la réduction rapide de sa dépendance au gaz pour produire de l’électricité, nous explique Beatrice Petrovich, senior energy analyst chez Ember. Cela s’explique principalement par le développement de l’éolien et du solaire, qui ont supplanté les centrales au gaz. Entre 2020 et 2025, l’Espagne a plus que doublé sa capacité éolienne et solaire ».
Selon cette experte, la Belgique pourrait aussi profiter de prix plus compétitifs en investissant davantage dans les énergies renouvelables.
Quand on regarde les choses sur une année complète, les différences sont cependant moins importantes, surtout avec la France. Si l’Espagne profite de son important parc renouvelable, la France, elle, profite de son imposant parc nucléaire.
Ainsi, sur l’ensemble de l’année 2025, les prix de gros se sont élevés, en moyenne, à 61 euros par MWh en France, contre 65 euros en Espagne, 83 euros en Belgique et 89 euros en Allemagne.
La France lésée ?
Par ailleurs, la France pourrait se sentir lésée. Selon les données d’Ember, 95 % de la production française d’électricité était décarbonée en 2025. Or, même si la production française d’électricité n’a reposé qu’à 5 % sur le fossile, les centrales au gaz ont fixé les prix de l’électricité française durant 17 % du temps (3 fois plus que le poids réel du fossile dans le mix électrique français).
« La petite excursion de Donald Trump a permis à l’Iran de se découvrir un nouveau pouvoir »
L’Espagne, elle, s’est appuyée sur le fossile pour produire 25 % de son électricité en 2025. Or les centrales au gaz ont fixé les prix de l’électricité espagnole pendant 26 % du temps (ce qui est conforme au poids réel du fossile dans le mix électrique espagnol).
Comment expliquer ces différences ? Une des explications pourrait être que la France importe, à certains moments, de l’électricité produite avec des centrales au gaz depuis ses voisins (comme la Belgique et l’Allemagne). Via ces importations, les prix français de l’électricité s’aligneraient sur les coûts des centrales au gaz. « En matinée, la France doit importer de l’électricité pour alimenter le chauffage électrique très utilisé dans le sud du pays », nous explique Patrick Claessens, expert des réseaux et marchés de l’énergie à l’ULB.
Les importations espagnoles d’électricité pourraient provenir davantage, quant à elles, du parc nucléaire français. « Si c’est le nucléaire français qui fait l’appoint quand l’Espagne doit importer, les prix espagnols de l’électricité s’alignent sur le nucléaire plutôt que sur les centrales au gaz », déclare Patrick Claessens. Ce qui ferait diminuer le nombre d’heures où les centrales au gaz fixent les prix de l’électricité en Espagne.
Ceci dit, quand on regarde les prix de l’électricité pour 2027, 2028 et 2029 sur les marchés à terme, Patrick Claessens constate que l’Espagne et la France affichent des prix similaires.