Si Michel-Ange (1475-1564) est une figure fondatrice de la Renaissance, peintre, architecte, sculpteur, mais aussi poète, Auguste Rodin (1840-1917) apparaît comme un héritier moderne, fasciné par cette puissance. L’exposition ne suit pourtant pas une simple filiation chronologique, elle inverse même la perspective initiale : « Il ne s’agissait pas de travailler uniquement sur un Rodin michelangelesque mais bien d’essayer de confronter l’art des deux sculpteurs ».

Le lien entre les deux artistes est pourtant réel, presque intime. Rodin lui-même reconnaît cette influence dans une lettre écrite lors d’un voyage en Italie : « Je crois que ce grand magicien me laisse un peu de ses secrets ».

Leur point commun principal est leur manière de représenter le corps. Ils ne cherchent pas seulement à reproduire une apparence, mais à montrer ce qui le traverse, « habité par une intériorité, des sentiments, de l’énergie, des passions », rappellent les conservateurs. Toute la question est alors de traduire cette vie intérieure dans un matériau inerte – marbre, bronze ou plâtre. C’est cette idée qui explique le titre de l’exposition, « corps vivants ».

Dès la rotonde d’entrée, le dialogue s’incarne dans des œuvres emblématiques. Les célèbres Esclaves de Michel-Ange répondent à des figures de Rodin comme Jean d’Aire nu. Ces confrontations permettent aux visiteurs de comparer directement les postures, les tensions et les expressions.

Un parcours en cinq sections pour explorer la vie dans la matière

L’exposition se déploie en cinq sections qui explorent progressivement les liens entre les deux artistes et leur travail. La première, consacrée à leur dimension mythique, montre comment chacun a construit sa propre légende. Portraits, mises en scène et références à leurs œuvres majeures révèlent des figures presque prophétiques. Rodin, notamment, se positionne comme un héritier de Michel-Ange.

La deuxième section s’intéresse à leurs sources communes d’inspiration : la nature et l’Antiquité. Michel-Ange étudie l’anatomie, notamment à travers des dissections. Il va même jusqu’à recomposer les formes, mêlant masculin et féminin, créant ce que les commissaires décrivent comme une « beauté ambiguë ». Rodin, lui, travaille à partir de modèles vivants. Les deux artistes étudient également les sculptures antiques pour comprendre comment le corps est construit, mais ils ne cherchent pas à les reproduire à l’identique. Ils s’en servent comme point de départ pour créer leurs propres œuvres. Un exemple important est celui du torse : dans l’Antiquité, certaines statues nous sont parvenues sous forme fragmentaire, sans bras ni tête, et ce type de corps incomplet devient une référence majeure pour les deux artistes dans leur manière de penser la sculpture.

La troisième section, consacrée au Non finito, aborde la question de l’inachèvement. Chez Michel-Ange, cet aspect vient surtout de sa manière de sculpter le marbre. Il travaille progressivement et certaines figures semblent encore en train de sortir de la pierre. Chez Rodin, en revanche, cet aspect est utilisé comme un effet recherché pour donner plus de force et de vie aux sculptures.

La quatrième section explore la relation entre le corps et l’âme, c’est-à-dire la manière dont la sculpture peut exprimer des états intérieurs comme la pensée, le rêve ou la souffrance. Cette question traverse toute la section : « Comment représenter l’immatérialité de l’esprit ? ». À travers des figures comme Le Penseur ou des scènes de sommeil, les artistes cherchent à rendre visibles des réalités invisibles. Le parcours montre aussi des œuvres majeures comme le Jugement dernier ou La Porte de l’Enfer, où les corps en tension traduisent des émotions extrêmes et des tourments intérieurs.

Enfin, la dernière section s’attache à l’énergie et au mouvement. Les deux artistes utilisent des postures dynamiques où les corps se tordent, s’équilibrent, vacillent, pour donner une impression de vie. La fameuse figure serpentine, héritée de Michel-Ange, trouve un écho chez Rodin. Les commissaires soulignent cette dynamique : « On a véritablement la sensation de toute l’énergie contenue à l’intérieur de ces personnes ».

En confrontant directement Michel-Ange et Auguste Rodin, le musée du Louvre propose ainsi une lecture claire de leurs œuvres. Le visiteur peut mieux comprendre leurs méthodes et leurs choix, et voir concrètement ce qui les rapproche. Ils apparaissent comme des artistes toujours actuels, dont les recherches continuent d’influencer la création contemporaine.

Deux soirées étoilées

À l’occasion de l’exposition Michel-Ange Rodin, corps vivants, le musée du Louvre propose deux soirées exceptionnelles les 18 et 19 avril 2026 sous la pyramide.

Le Ballet de l’Opéra national de Paris y présente plusieurs duos du répertoire ainsi qu’une création originale imaginée en lien avec l’exposition. Huit danseurs participent à ces représentations, dont cinq étoiles, parmi lesquelles Léonore Baulac, Dorothée Gilbert et Hugo Marchand, accompagnés par des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris.

L’objectif de ces soirées est de faire dialoguer danse et sculpture autour d’un même thème : la représentation du corps et du mouvement. À l’issue des représentations, le public pourra également visiter l’exposition, exceptionnellement ouverte en soirée.

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