Et si la mort n’était plus vraiment une fin ? Si l’on pouvait continuer à parler avec ceux qui nous ont quittés ? C’est l’idée, attrayante sur le papier, avancée à l’écran dans « Ethernel », la nouvelle série belge de la RTBF, qui promet de faire sensation.

À la croisée du polar, de l’anticipation façon « Black Mirror » et du drame familial, cette fiction originale nous entraîne dans un Bruxelles futuriste, où une technologie baptisée Etherna permet d’entrer en contact avec les défunts, à condition de retrouver leur « objet transitionnel » – un bijou, une œuvre, un vêtement qui leur était cher.


C’est sur ce principe que repose la brigade Ethernel, chargée d’enquêter sur des crimes en interrogeant directement les victimes… post-mortem. Une mécanique efficace, qui installe d’emblée une tension singulière, entre rigueur policière et vertige émotionnel, tout en ouvrant la voie à des questionnements éthiques fascinants.




Au cœur du récit : David Novack, incarné tout en retenue par le comédien français Michaël Abiteboul. Commissaire reconnu pour ses compétences, il est surtout un homme brisé, incapable d’accepter la disparition de sa femme, assassinée quelques années plus tôt. Son obsession est double : mettre la main sur l’objet qui lui permettrait enfin de lui parler, et retrouver son meurtrier. « On suit quelqu’un qui cherche à renouer avec celle qu’il a perdue », explique le comédien, rencontré au festival Séries Mania, à Lille. Une quête intime qui dépasse largement le cadre de l’enquête, et donne au personnage une profondeur touchante. « J’ai lu quelque chose que je n’avais jamais lu », défend aussi celui que vous avez déjà vu dans une autre série belge, « Des gens bien », à (re)voir sur Auvio.

La rencontre avec Lara Di Angeli, interprétée par Edwige Baily (« Pandore »), vient néanmoins troubler l’équilibre fragile de son personnage. Mystérieuse et déterminée, cette flic italienne, elle-même à la recherche d’un objet transitionnel à la valeur inestimable, entraîne David dans une traque aux ramifications inattendues, flirtant progressivement avec le thriller conspirationniste.

Des personnages émouvants

Autour d’eux, la série déploie également une galerie de personnages marqués par l’absence et les secrets. Elsa (Alexia Depicker, de « Meurtres à Tournai »), la sœur thanatopractrice de David, développe un lien troublant avec un défunt, tandis que la jeune Sam, la fille de David, reste enfermée dans un chagrin impossible à apaiser. Et puis, il y a aussi Nathan, le père de David et grand-père de Sam, qui s’est construit seul après avoir lui aussi perdu sa maman lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui atteint d’une maladie neurodégénérative, il projette de mettre fin à ses jours, mais le retour inespéré de sa mère par la voix bouleverse ses plans.

Chaque trajectoire vient ainsi enrichir le propos, donnant à « Ethernel » une dimension chorale et universelle, où chacun cherche à panser ses plaies. Visuellement, la série séduit aussi par son identité affirmée entre lumières en clair-obscur, jeux de reflets et atmosphère mélancolique, installant une frontière poreuse entre vivants et morts. Bruxelles y apparaît loin des clichés, presque cinématographique et désincarnée, comme en écho aux solitudes qu’elle renferme. Une esthétique soignée qui renforce l’immersion et donne à l’ensemble une vraie signature.


Mais au-delà de son intrigue et sa réalisation remarquable, « Ethernel » interroge surtout avec finesse notre rapport au deuil. Que devient-il lorsque la mort n’est plus un silence ? « Si une telle technologie pouvait exister, il y aurait forcément du bon et du mauvais », relève Michaël Abiteboul. « Ça pourrait apaiser, et ce serait magnifique… mais ça pourrait aussi enfermer. » Toute la richesse de la série tient alors dans cette ambivalence, entre réconfort et dépendance, entre nécessité de se souvenir et besoin d’avancer. « Ça créerait peut-être aussi du mensonge, de l’aliénation, de fausses accusations. »

Porté par une écriture maîtrisée, une mise en scène élégante et des comédiens habités, « Ethernel » réussit à conjuguer suspense et émotion avec une rare justesse. Une fiction prenante, sensible et ambitieuse, qui confirme la vitalité de la création belge et s’impose comme l’une des belles surprises télé de l’année, capable de toucher autant par son concept que par l’humanité de ses personnages. À suivre sur la Une les jeudis 16 et 23avril, et déjà disponible en intégralité sur Auvio.

« Ethernel » (série), jeudi 16 avril, 20h30 sur la Une.