Parcs éoliens ou photovoltaïques
« Dès le début, le gouvernement est arrivé avec l’idée que l’Espagne jouait très en dessous de son potentiel en termes d’énergies renouvelables, particulièrement solaire, et qu’elle pouvait devenir un leader européen », explique Alejandro Labanda, directeur du service Transition écologique du cabinet de conseil BeBartlet. Le pays dispose des ressources nécessaires. C’est l’une des zones les plus ensoleillées du continent qui compte de larges territoires faiblement, voire très faiblement peuplés où les grands parcs éoliens ou photovoltaïques peuvent être installés.
Espagne et Portugal: anciens « mauvais élèves » devenus « champions de la classe »
En 2018, le pays était plutôt en retard sur le développement du solaire. En coalition avec le parti de gauche radicale Podemos – substitué par la formation de gauche Sumar en 2023 -, le gouvernement mené par le parti socialiste espagnol (PSOE) a fait de la transition énergétique une priorité. Début 2020, Pedro Sánchez a élevé la ministre pour la Transition écologique, Teresa Ribera, au rang de vice-présidente. Le secrétariat d’État à l’énergie, jusque-là associé au ministère chargé de l’économie, a été rattaché à celui de la transition. Quand Teresa Ribera a été nommée à la Commission européenne, fin 2024, elle a été remplacée à la tête de son ministère par Sara Aagesen, jusqu’alors secrétaire d’État à l’Énergie.
« La guerre en Ukraine a été un tournant. Avant, les renouvelables n’étaient vues que comme mesures environnementales. »
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement a entrepris de lever les freins à l’expansion des énergies vertes. « Le gouvernement a mis en place un nouveau cadre réglementaire accompagné d’objectifs très ambitieux dans le plan national Energie-Climat, affichant constamment sa volonté de prendre ce tournant dans les déclarations publiques. Cela a envoyé des signaux clairs aux acteurs privés, qui se sont mis à investir dans les renouvelables », décrypte Alejandro Labanda.
En 2020, le plan Energie-Climat sur 10 ans (PNIEC) fixe des objectifs ambitieux pour 2030 : 74 % d’énergie verte dans la génération d’électrons, 42 % dans la consommation totale du pays (incluant l’énergie hors système électrique). En 2021, la première loi climat espagnole est approuvée, et fixe des lignes rouges minimales obligatoires : 70 % d’électricité renouvelable, 35 % de la consommation totale.
Une population réceptive
Résultat : en 2019, l’ensemble des capacités de production photovoltaïque étaient de 7,8 gigawatts (GW), en 2025, elles ont bondi à un peu plus de 41 GW. Près du tiers de la puissance installée dans tout le pays. À cela s’ajoutent les panneaux solaires des particuliers pour leur autoconsommation, dont la capacité est passée de moins d’un GW à 8,7 en six ans. L’éolien aussi a progressé, mais plus modestement. En 2025, 57 % de l’électricité produite en Espagne était d’origine renouvelable.
La population est réceptive. Plus de 84 % des Espagnols considèrent que l’énergie solaire est une alternative viable et durable pour la production d’électricité selon un sondage commandé par l’Union espagnole du photovoltaïque (UNEF) à l’institut Sigma Dos, publié fin janvier. « La guerre en Ukraine a été un tournant. Avant, les renouvelables n’étaient vues que comme une mesure environnementale. Depuis 2022, elles sont également perçues comme un outil de souveraineté énergétique », souligne le directeur du service Transition écologique de BeBartlet. Il précise toutefois qu’au niveau local, de plus en plus de communautés rejettent de grands projets sur leur territoire. « Les entreprises, elles estiment que le développement de ces énergies est une opportunité économique. Elles deviennent leaders en la matière au niveau national, mais aussi au niveau mondial. Mais les règles environnementales associées au développement durable peuvent être perçues comme une charge. Mais je crois qu’avec les années, elles sont de mieux en mieux acceptées », poursuit-il.
Failles dans le contrôle de la tension sur le réseau ?
Même le black-out du 28 avril dernier n’a pas réellement entamé cet enthousiasme. Juste après la coupure, l’opposition de droite et certains secteurs économiques intéressés avaient pourtant mis en doute la capacité d’un système électrique fortement basé sur des énergies renouvelables qui produisent de manière intermittente, en fonction de la météo, à assurer la stabilité du système. Une interprétation très rapidement démentie par les analyses techniques. « Ce ne sont pas les renouvelables, c’est le contrôle de la tension », a déclaré le président du Réseau européen des gestionnaires de réseau électrique (ENTSO-E). L’incident a toutefois instillé le doute : dans l’enquête commandée par l’UNEF, 43 % des répondants estiment qu’il est lié à des failles dans le contrôle de la tension sur le réseau. Mais près de 33 % affirment qu’il est dû aux renouvelables.