Enseignement : En 6e primaire, comment votre enfant pourra ne pas réussir son année… Sans la raterUn budget coupé de moitié

Sur le terrain, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Thierry Beltran, directeur de l’Athénée Royal Lucie Dejardin à Seraing et à l’initiative de la lettre ouverte signée par près de 100 directions, explique que la situation est devenue intenable.

Là où son établissement bénéficiait auparavant d’environ 75.000 euros pour financer les repas gratuits, auxquels s’ajoutaient d’autres moyens liés à l’encadrement différencié, il doit désormais composer avec une enveloppe largement réduite. “On nous dit qu’on aura le choix de maintenir la gratuité ou d’utiliser l’argent autrement, mais quand on fait les comptes, c’est impossible”, résume-t-il. “Près de 200 repas sont servis chaque jour. Avec la baisse des moyens, on va devoir diviser ça par trois ou quatre. Et ça, ça veut dire que certains enfants ne mangeront plus à l’école”.

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Dans un contexte où la précarité est déjà très forte, demander une participation financière aux parents n’est pas une option viable. “On ne peut pas demander 40 ou 50 euros par mois à ces familles. Si on le fait, les enfants ne viendront plus au réfectoire, c’est aussi simple que ça”, poursuit-il.

Derrière ce choix du gouvernement, c’est donc directement la situation des élèves qui se dégrade. Dans certains cas, le repas de midi représentait le seul repas chaud de la journée. La suppression de ce dispositif apparaît dès lors comme un retour en arrière, d’autant plus brutal que la précarité risque encore de s’accentuer dans les mois à venir. “Avec les réformes du chômage, ce sont directement les parents de nos élèves qui sont touchés. Donc les enfants vont subir une double peine”, souligne-t-il.

Un projet « jeté aux orties »

Au-delà de l’urgence sociale, les directions dénoncent aussi la destruction d’un projet pédagogique construit sur plusieurs années. Car les repas gratuits ne se limitaient pas à une aide alimentaire. Ils s’inscrivaient dans une démarche globale autour de la santé, de l’alimentation et de l’éducation. “On a mis six ans à construire ce projet. On a travaillé sur l’alimentation saine, sur le gaspillage, sur les circuits courts. Tout ça, aujourd’hui, est jeté aux orties”, regrette Thierry Beltran.

Certaines écoles avaient développé des potagers, des ateliers pédagogiques, et mis en place des pratiques liées à la durabilité, parfois en lien direct avec des producteurs locaux. “L’argent investi n’était pas jeté par la fenêtre. Il était injecté dans l’économie locale, chez les producteurs, les fournisseurs. Il y avait un retour. Aujourd’hui, on coupe ça sans réfléchir aux conséquences”, regrette le directeur.

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Autre point de crispation : le manque de communication autour de la réforme. Les directions affirment ne pas avoir été consultées en amont, et dénoncent un décalage entre le discours politique et la réalité du terrain. “On nous a dit qu’on simplifiait les démarches administratives. Mais on ne nous a jamais expliqué que les montants allaient chuter à ce point”, déplore Thierry Beltran.

Face à cette situation, les écoles tentent de se mobiliser. La lettre ouverte adressée à la ministre de l’Éducation vise à alerter sur une réforme jugée injuste et incohérente. Pour les directions, il ne s’agit pas simplement d’un ajustement budgétaire, mais d’un recul concret dans la lutte contre les inégalités. “On parle d’enfants qui ont le plus besoin de l’école, et on leur enlève un pilier essentiel. Ce n’est pas tenable”, conclut Thierry Beltran.