« Cocorico 2 » : bien plus près des « Tuche » que du « Dîner de cons »

Avec deux champions du box-office (Didier Bourdon et vous), c’est plus facile de les aborder ?

C’est gonflé parce que c’est de plus en plus compliqué. Aujourd’hui, les producteurs sont de plus en plus frileux. D’abord, il n’y a pratiquement plus de producteur, il n’y a plus que des groupes qui financent. Avant, on s’adressait à une personne qui avait l’instinct, qui, en général, jouait les artistes. Comme la Warner. Le prochain film de Clint Eastwood, s’il le fait, il est chez Warner, quel que soit son prix. Ils jouent les échecs et les succès de l’artiste mais ils savent qu’au bout du compte ils seront gagnants. Alors qu’à Hollywood, on vaut ce que vaut son dernier film. Damien Chazelle, pour sa prochaine réalisation, va avoir beaucoup moins d’argent que quand il a fait Babylone où il sortait de La La Land. Nous, aujourd’hui, on est avec des gens qui jouent toujours le film d’avant.

Cela vous met plus de pression, non ?

C’est plus compliqué. Vous avez des groupes qui appartiennent à des milliardaires ou à des entités financières, et ils ne veulent pas perdre. Or, évidemment, si vous ne perdez pas au cinéma, vous ne gagnez jamais.

Quelle est la limite de l’humour désormais ?

La limite, c’est de faire rire. Si vous faites rire, c’est bon.

Votre personnage dit : « Quand on reparle de nourriture, on redevient tous français ». Quel est votre plat préféré ?

Il y en a beaucoup, c’est difficile, mais le gratin dauphinois est une chose tout à fait rare. Sans fromage dedans !

« Les grands crus de Bordeaux, c’est extraordinaire. »

Et à quel alcool diriez-vous le plus difficilement adieu, comme dans le film ?

Le vin rouge, de Bordeaux. Je n’ai jamais pris de digestif mais le vin, les grands crus de Bordeaux, c’est extraordinaire. Les grands crus de Bourgogne aussi d’ailleurs, je m’y habitue plus, mais c’est un petit peu plus alcoolisé. J’adore aussi les Côtes-du-Rhône du nord, les vins français. Pourquoi ? Parce que seuls les Français sont capables de faire du vin de garde. Personne, ni les Italiens, ni les Espagnols, ni personne d’autre ne le fait et c’est extraordinaire de déboucher une bouteille qui a 40 ans ou 50 ans en pensant qu’il y a des gens qui sont disparus aujourd’hui et qui l’ont fait pour vous. Il y a quelque chose d’une civilisation et une transmission et une forme d’amitié à travers le vin qui est vraiment la France.

Didier Bourdon et Christian Clavier disent adieu à l'alcool dans Cocorico 2.Didier Bourdon et Christian Clavier disent adieu à l'alcool dans Cocorico 2.Didier Bourdon et Christian Clavier disent adieu à l’alcool dans Cocorico 2. ©SND

Cette idée de transmission, vous l’avez parfois en tournant vos films ?

Les Bronzés ont plus de 40 ans. Il faut éloigner ce genre de pensée systématiquement. Il faut être le personnage, ne pas se regarder jouer : on s’oublie, c’est ça qui est merveilleux dans notre profession. S’oublier, disparaître ! Nous sommes des interprètes, on disparaît, c’est pour ça qu’on a fait ce métier. C’est incroyable ce que cette société de communication a mis en avant le narcissisme, soit l’inverse des acteurs qui, en général, ne s’apprécient pas et c’est pour ça qu’ils jouent d’autres personnages. Donc le fait de devenir amoureux de soi-même est un truc de l’ordre de la psychiatrie.

« Cocorico » : Christian Clavier et Didier Bourdon réunis dans une comédie franchouillarde, mais à combien de pour cent ?

Vous tenez un double rôle : vous devez donc vous oublier doublement…

Moi, je me vois très très peu, vous savez. J’ai déjà beaucoup de mal à voir le film une fois, de préférence en salle, puis je le vois jamais plus.

C’est pour ça que vous n’êtes plus réalisateur ?

Je l’ai été (pour On ne choisit pas sa famille, en 2011, NdlR). Au contraire, je pense que je pourrais être réalisateur mais j’aime beaucoup jouer. Cela m’a permis de faire beaucoup plus de films d’être simplement interprète et c’est ça que j’aime : l’énergie du jeu et jouer.

« Il faut pointer la connerie humaine »

Pour croquer les travers, il faut beaucoup observer. Ce qui doit être plus difficile quand on est connu et reconnu comme vous, non ?

Il faut pointer la connerie humaine, c’est différent. Je vis dans la vraie vie. Moi, je regarde beaucoup les gens et je les apprécie beaucoup. C’est plus facile pour moi de vivre ici qu’à Paris pour ça, c’est plus tranquille. C’était encore plus tranquille à Londres et c’est vrai que ça permet de voir les gens, mais je les vois quand même interviewés à la télévision.

Quel est le défaut des Belges qui vous fait plus rire ?

Ils me disent souvent : ‘On s’excuse, on n’est pas français’. Oui, d’accord, mais où est le problème ? (rire)