Le cas est pour le moins singulier. Il est en effet rare qu’un condamné à perpétuité devienne père d’un enfant conçu avec son avocate. Comment expliquer qu’une professionnelle du droit, parfaitement consciente du cadre légal et de la réalité de la situation, ait pu entretenir une relation amoureuse débouchant sur une grossesse assumée ?

« Le syndrome du sauveur »

Samuël Leistedt, expert psychiatre judiciaire, avance « l’effet d’exposition simple » pour éclairer le phénomène. « Les avocats et avocates peuvent passer beaucoup de temps avec leur client, le voir régulièrement en tête-à-tête, développer de l’empathie et des liens qui peuvent finir par déboucher sur une relation amoureuse », explique-t-il.

« Jamais idéal sur le plan déontologique »

Le métier d’avocat vise, par essence, à venir en aide à son client, et le « syndrome du sauveur » peut, dès lors, se développer, selon Samuël Leistedt, également professeur à l’ULB et à l’université de Mons. « La relation avocate-détenu est initialement asymétrique, basée sur un rapport de supériorité de l’avocate face à un homme privé de liberté. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à l’idée d’aider autrui, et ce syndrome du sauveur peut favoriser l’émergence d’une relation affective. »

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Le détenu est ainsi perçu comme un être vulnérable, ce qui peut désarmer la professionnelle face à lui. « Les relations humaines ne s’expliquent pas toujours. Ce genre de relation peut très bien survenir entre un gardien de prison et une détenue, ou entre un médecin et sa patiente. Ce n’est jamais idéal sur le plan déontologique, mais comme on dit, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas… », ajoute Samuël Leistedt.

Il arrive aussi fréquemment que des détenus manipulateurs et beaux parleurs cherchent à séduire leur « proie » pour en tirer des bénéfices secondaires. « Cela vaut surtout dans un milieu asocial et transgressif comme la prison. On peut croire que le couple est sincère, que l’amour est réel mais ce n’est pas toujours le cas », conclut-il.