Pour se prémunir de telles menaces, les acteurs publics locaux ajoutent les connaissances scientifiques à leur éventail d’actions, dans une approche One Health. Chargé de projets Risques naturels et adaptation au changement climatique à la Région Réunion et ancien post-doctorant au CNRS, Kevin Lamy fait le pont entre la recherche et les pouvoirs publics : « J’amène à la région une plus-value scientifique, en faisant en sorte que nos documents stratégiques soient le plus connectés possible à la connaissance scientifique ». Un exemple concret : « Comme ailleurs en France, pour atténuer les effets du réchauffement climatique, on souhaite renaturer nos villes et réduire l’artificialisation. Néanmoins, renaturer en milieu tropical humide, c’est potentiellement favoriser le développement des larves de moustiques. En conséquence, dans ce contexte de changement climatique, particulièrement prononcé en milieu insulaire, il est important de comprendre comment nos choix d’aménagement et d’urbanisation (végétalisation, artificialisation) peuvent influencer l’expansion des moustiques », détaille-t-il. Pour éviter une telle maladaptation aux effets du changement climatique, l’ancien chercheur au CNRS peut s’appuyer sur un programme d’envergure : le PEPR Traccs, porté par le CNRS et Météo France. Sur l’île de l’océan Indien, l’un des projets du PEPR, Climavect, que porte Kevin Lamy, modélisera différents types d’occupations du sol pour essayer de comprendre lesquels seraient plus ou moins favorables aux maladies infectieuses. Ultérieurement, « ces résultats pourront intégrer la future stratégie d’aménagement régionale et servir également aux communes dans la conception de leurs plans locaux d’urbanisme », précise le chargé de projets.
La science au service des pouvoirs publics
Au-delà du PEPR, lui-même place beaucoup d’espoirs dans la signature, en 2024, d’un premier accord-cadre entre La Réunion et le CNRS, ainsi que plusieurs autres collectivités et organismes de recherche sous l’égide du groupe régional d’expertise sur le climat de La Réunion (GREC-Réunion). Ce partenariat Région Réunion – CNRS a été complété par un contrat d’objectif, de moyens et de performance entre les deux institutions. Objectif : faire de l’île une terre d’excellence scientifique, en faveur du territoire et de ses habitants. Cette coopération repose sur trois priorités : renforcer les observatoires géophysiques et atmosphériques, soutenir la recherche sur les maladies infectieuses émergentes et élaborer la structuration d’un réseau de scientifiques autour des mutations sociales. Une collaboration entre recherche et collectivités territoriales qui réjouit Kevin Lamy, lui qui plaide pour « un renforcement de la science en société, de façon que les scientifiques soient le plus proches possible de l’action publique et que la connaissance scientifique soit la plus largement diffusée ».
Alors que les cas de dengue et de chikungunya se multiplient chaque été dans l’Hexagone, les regards pourraient désormais se tourner vers cette petite île française de l’océan Indien, à quelques 10 000 km de la capitale. À La Réunion, l’articulation entre recherche, services de santé et pouvoirs publics tient lieu de laboratoire d’une approche One Health concrète, qui pourrait bien se déployer sur le restant du territoire français.