Oui, on est en train de planifier une participation à la mission Aspides plus tard dans l’année. Il faudra voir quel est le mandat d’Aspides à ce moment-là, la zone d’opération, et, de nouveau, passer par le pouvoir politique. Mais nous préparons une frégate pour y participer.
La frégate Louise-Marie de retour de « l’une des plus dangereuses missions de la Marine belge »
La Belgique a aussi reçu des demandes bilatérales de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et d’Oman pour les aider à se protéger contre les frappes aériennes iraniennes. A-t-on des moyens de défense aérienne à leur apporter ?
Toute notre défense aérienne a été délaissée pendant des décennies. On est en train de la reconstruire. La Belgique sera nettement mieux protégée dans quelques années qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais, pour le moment, on a peu de choses à offrir.
Avec l’évolution technologique rapide des drones, n’est-il pas difficile de maintenir des équipements de défense à niveau ?
Vous avez raison, l’innovation est tellement rapide qu’il est compliqué de suivre le mouvement. C’est la raison pour laquelle la Défense a dégagé un milliard d’euros, non pas pour acheter des milliers de drones à stocker dans un hangar et qui ne serviront plus à rien dans deux ans, mais pour conclure un partenariat avec l’industrie pour nous livrer les systèmes anti-drones dernier cri et tout ce qui va avec.
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« Il faudra voir quel est le mandat de la mission européenne Aspides, la zone d’opération, et, de nouveau, passer par le pouvoir politique. Mais nous préparons une frégate pour y participer. »
À l’échelle nationale, la Défense apporte son soutien à la police pour la sécurisation des intérêts juifs, des gares et métros. Pouvez-vous clarifier vos missions ?
Il y a différentes choses. D’abord, l’opération Green Shield (OGS) pour la protection des infrastructures juives à Anvers, Bruxelles et bientôt à Charleroi. Ensuite, l’opération Urban Shield (OUS), ce fameux dossier pour lequel la prise de décision a pris pas mal de temps et qui prévoit, d’une part, un soutien à la police ferroviaire et, d’autre part, un soutien à la police dans ses actions coup de poing dites FIPA. La mission des militaires est ici de sécuriser le dispositif policier pendant que ceux-ci mènent leurs actions. Enfin, le troisième volet porte sur la protection des centrales nucléaires, qui a aussi été reprise à la police.
Combien de militaires sont concernés ?
Rien que pour OGS, c’est un pool de 200 personnes. Mais les 200 prochains se préparent déjà. Au total, ça fait un dispositif de 600-700 personnes en tenant compte du soutien logistique, du commandement. La Défense fait quand même un gros effort.
Est-ce le job des militaires d’effectuer de telles missions ?
Non… Enfin… oui et non. « Non » parce que leur métier de base est complètement différent : c’est protéger le pays contre les menaces extérieures. Mais il est clair que nous sommes à la disposition du pays. Si le gouvernement nous demande d’effectuer des tâches en interne, nous les effectuerons. Mais il faut bien se rendre compte que chaque soldat déployé dans les rues d’Anvers ou de Bruxelles n’est pas en train de faire sa transformation sur les nouveaux véhicules terrestres ou de faire des exercices réalistes pour contrer la menace russe. C’est un choix politique.
Vous dites au politique que de telles missions doivent être limitées dans le temps ?
Limitées dans le temps et en volume.
« Le Scaf est aux soins intensifs »
« Il n’y a pas beaucoup d’optimisme autour de ce dossier », admet le chef de la Défense (Chod). Le dossier, c’est celui du programme d’avion de combat du futur, le Scaf, emmené par la France, l’Allemagne et l’Espagne. « Les avionneurs Airbus et Dassault n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le partage industriel », poursuit le général. Au point que les Allemands se détournent de plus en plus du programme. « L’autonomie stratégique européenne passe en grande partie par l’industrie de défense. Ce dossier-là et d’autres comme l’Eurodrone ou le char européen démontrent que les industriels ne suivent pas ce raisonnement. C’est un gros problème. J’espère que le jour où on remplacera le F-35 (un avion américain), dans quelques décennies, on pourra le faire avec un programme européen, mais c’est mal barré. » Si le Chod n’enterre pas encore le Scaf, « disons qu’il est aux soins intensifs »…