Le festival Visions du Réel, qui se tient du 17 au 26 avril à Nyon, accueille en première mondiale « Dentro », le nouveau documentaire de la réalisatrice franco-suisse Elsa Amiel, coproduit par la RTS. Un film singulier au coeur d’une prison de haute sécurité, où l’art devient vecteur de liberté.
Le documentaire « Dentro » d’Elsa Amiel est un film singulier qui offre une plongée au cœur de la prison de haute sécurité de Volterra, en Toscane, où l’art devient un puissant vecteur de liberté et de transformation pour des hommes condamnés à de longues peines.
Elsa Amiel, qui a travaillé notamment sur des films comme « Saint Laurent » de Bertrand Bonello ou « Les beaux gosses » de Riad Sattouf, s’est forgé une identité cinématographique où le corps et la performance occupent une place centrale. Fille du mime Amiel, elle a déjà exploré ces thèmes dans un court-métrage sur un boxeur et un long-métrage intitulé « Pearl » (2018) consacré à une bodybuildeuse. Avec « Dentro », la réalisatrice poursuit cette exploration en s’intéressant à la capacité de l’individu à se réapproprier son corps et son esprit, même dans les conditions les plus restrictives.
Le documentaire « Dentro » met en lumière le travail remarquable d’Armando Punzo, un metteur en scène qui, depuis trois décennies, s’enferme dans la prison de Volterra pour y créer du théâtre avec les détenus. Son approche unique transforme la prison en un lieu de théâtre et de pensée, où les murs n’empêchent pas l’émergence du beau et la transcendance de la réalité.
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L’art comme expression de liberté
Elsa Amiel a découvert le travail d’Armando Punzo par hasard, intriguée par l’idée d’un metteur en scène œuvrant en prison. « J’ai décidé d’en savoir plus et je me suis inscrite pour un spectacle dans la prison de Volterra, qui a lieu une fois par an. J’ai assisté à un spectacle absolument fascinant, insoupçonné, dans les murs de la prison. (…) Je suis allée voir Armando [Punzo], je n’avais pas l’idée d’un film, j’avais l’intuition d’un film en voyant le spectacle et je lui ai proposé », raconte Elsa Amiel dans le 12h45 du 16 avril. Pour s’immerger dans cet univers, la réalisatrice a d’abord passé du temps en prison sans caméra, cherchant à comprendre le processus de création et la dynamique entre le metteur en scène et les détenus.
J’aimais l’idée qu’il y ait une brèche politique et humaine dans un lieu de privation totale qui devenait un lieu d’expression totale.
Elsa Amiel, réalisatrice
Dans « Dentro », pas d’interviews de détenus, pas de témoignage sur leur passé ou les raisons de leur incarcération. Elsa Amiel a fait le choix délibéré de ne pas faire un film sur les conditions carcérales, mais de traiter les hommes « en tant qu’individu, en tant que sujet », dit-elle, préférant se concentrer sur leur travail artistique, ce qui a permis une relation plus saine et authentique. « Je leur ai dit d’ailleurs: ‘Je ne veux pas vous interviewer’. Je ne voulais rien savoir. Mais ça, c’est une règle de la prison. Quand on rentre en prison, on ne demande pas pourquoi tu es là, ce que tu as fait », précise la cinéaste.
>> A voir, l’interview d’Elsa Amiel dans le 12h45 :
Rendez-vous culture: la réalisatrice suisse Elsa Amiel / 12h45 / 7 min. / jeudi à 12:45 La prison comme lieu de poésie
Le résultat est un film où l’on oublie parfois l’environnement carcéral. Comme le souligne Elsa Amiel, le travail d’Armando Punzo est si puissant qu’il transforme la prison en un « lieu de poésie ». La réalisatrice a même dû retourner filmer des plans de prison pour « donner le cadre et le contexte » et ainsi souligner le « miracle » qui se déroule à l’intérieur.
La première du film a eu lieu au sein même de la prison de Volterra, un moment émouvant pour les détenus, les gardiens et la direction. « C’était assez beau parce qu’ils ont ri, ils ont été très émus, et puis ils ont laissé voir cette émotion », se souvient Elsa Amiel. Pour la cinéaste, cette expérience a été marquante, et son histoire avec Volterra n’est « pas terminée », affirme-t-elle. Le documentaire « Dentro » offre une perspective unique sur la résilience humaine et le pouvoir transformateur de l’art. Il est à voir en première mondiale ce dimanche 19 avril au festival Visions du Réel, à Nyon, en présence de la réalisatrice.
Propos recueillis par Julie Evard
Adaptation web: ld
« Dentro » d’Elsa Amiel, à voir au festival Visions du Réel, Nyon (VD), le 19 avril et le 21 avril 2026.