C’est un chantier discret mais essentiel qui avance à Calvi. Route de la presqu’île de la Revellata, en face de la Croix du Balkan – ce monument en hommage au navire Le Balkan bien connu des Calvais – un futur espace funéraire de 400 m² est en train de sortir de terre. Une infrastructure attendue de longue date dans une microrégion qui, jusqu’à présent, en était totalement dépourvue.

En Balagne, aucun funérarium n’existe aujourd’hui. Le plus proche se situe à Folelli, au sud de Bastia. « Ce service sous cette forme n’existe pas en Balagne », rappelle Marie-Clarisse Mattei, à l’origine du projet et propriétaire des pompes funèbres Mattei.

L’établissement, dont l’ouverture est envisagée pour octobre 2026, se veut avant tout un lieu de recueillement. « C’est une chambre funéraire à ne pas confondre avec le crématorium », précise la professionnelle. « Le funérarium, c’est un espace où les gens vont pouvoir venir se recueillir auprès de leurs défunts. »

Le bâtiment comprendra deux salons ainsi qu’un espace modulable permettant d’en créer un troisième. Une salle de cérémonie est également prévue : « Il pourra y avoir des cérémonies laïques civiles, où éventuellement on pourra faire venir des représentants de cultes. » Mais, insiste-t-elle, « la principale activité, ça sera le recueillement ».

Des conditions de travail aujourd’hui limitées

En attendant cette ouverture, les conditions d’accueil restent précaires. « On travaille encore au domicile », explique Marie-Clarisse Mattei, qui exerce comme thanatopractrice indépendante depuis 2014. La majorité des prises en charge se fait désormais à l’hôpital de Calvi. « Il y a un reposoir… Mais il a ses limites. » En cause : un espace restreint qui ne permet d’accueillir qu’un seul défunt à la fois. « Lorsqu’il arrive deux décès consécutifs… C’est un petit peu compliqué de devoir dire aux gens qu’on ne pourra peut-être pas le présenter aujourd’hui. »

Une situation qu’elle juge difficile : « On travaille dans des conditions assez compliquées. » Pour elle, l’absence d’un lieu dédié est incompréhensible : « C’était impensable que ça ne puisse pas exister… Ne pas pouvoir aller dans un endroit fait pour ça, c’est terrible. »

Si un tel équipement n’a jamais vu le jour jusqu’ici, c’est aussi en raison de son coût. « La création d’une chambre funéraire, c’est un très très gros investissement », souligne-t-elle. Un engagement financier conséquent, mais qu’elle assume pleinement : « Je veux apporter le meilleur aux défunts et à leur famille. »

Le choix de l’emplacement, lui, s’est fait par contrainte plus que par stratégie : « C’était le seul choix qui m’était offert. » Malgré tout, le site offre un cadre remarquable : « On a une vue sur la Revellata… Sûrement la plus belle vue de Corse, peut-être même de France. »

Allier modernité, tradition et humanité

Au-delà de l’infrastructure, le projet ambitionne de respecter les traditions, comme celle du « cunfortu », le repas qui fait suite aux funérailles. Un espace permettra notamment de se retrouver après les obsèques : « Les familles auront la possibilité de venir boire un verre, manger un petit morceau. »

Passionnée par son métier, Marie-Clarisse Mattei continue de se former régulièrement à l’international : « Tous les deux ans, je pars en Belgique… On rencontre les meilleurs praticiens du monde entier. » Une exigence qu’elle souhaite mettre au service des familles de Balagne.

« Le but, c’est qu’ils se sentent respectés, comme chez eux », résume-t-elle. Un objectif qui pourrait bientôt devenir réalité dans ce lieu inédit pour la région.