Certaines filières se sont emparées de longue date des sujets de transition. « Nous avons sûrement la bibliothèque d’architecture solaire la mieux fournie de France. C’est un héritage des années 1970, où toute une mouvance d’architectes creusait les questions écologiques », retrace Vincent Ducatez, architecte et enseignant à l’ENSAP (École nationale supérieure d’architecture et de paysage) de Lille (Nord). Architecture solaire, ou les mille et une manières d’utiliser la lumière, la chaleur et l’énergie du soleil pour réduire l’impact environnemental d’un bâtiment. Pas très éloigné des exigences actuelles…
Penser l’après-demain
Dans cette filière, pas d’autre choix que de se trouver à la pointe sur ces enjeux. « Être architecte, c’est un socle de connaissances, mais surtout une dynamique. Nos étudiants travailleront pendant plusieurs décennies et leurs constructions vivront peut-être plus longtemps encore. Prévoir le futur fait partie de notre métier », explique Vincent Ducatez. Or, peu de doute que les effets du dérèglement climatique seront un sujet.
En architecture, on n’est plus là pour faire du beau. Enfin, si. Mais pas à n’importe quel prix. L’architecte étudie désormais l’amont et l’aval de son projet. Depuis les matériaux utilisés – de préférence biosourcés –, leur acheminement, à la construction proprement dite. Et jusqu’aux évolutions possibles de son œuvre, voire son démantèlement, un jour lointain. « Nos étudiants apprennent très tôt à utiliser des logiciels pour mesurer l’empreinte carbone de leurs choix. Ils pensent systématiquement réemploi, sobriété énergétique… Impossible d’évacuer ces questions », assure Vincent Ducatez. Les élèves découvrent la rénovation dès le 3e semestre, alors qu’elle était jadis une spécialité assez « niche », réservée aux bâtiments dits « remarquables ». Tout en s’imprégnant de textes et réglementations toujours plus précis et copieux.
Transitions, au pluriel
L’architecture est donc lancée dans une nouvelle transition, elle qui en a déjà traversé quelques-unes. « Quand j’ai commencé, nous dessinions tout à la main, se souvient le professeur de l’ENSAP Lille. La transition numérique a été un bouleversement majeur, en attendant l’IA. » D’autres profonds changements ont eu lieu. « Nous étions 83 garçons et 7 filles. Aujourd’hui, celles-ci représentent 67 % de nos étudiants. La plupart avaient un parent architecte ; ce n’est plus du tout le cas. Cette diversité est une autre grande transition de ce métier. »
« Cette diversité est une autre grande transition de ce métier. »
Vincent Ducatez, architecte et enseignant à l’ENSAP
Un autre sujet devient prégnant : la formation des architectes tout au long de leur carrière. Ce qui existe déjà, bien sûr, « mais il y a aujourd’hui un défi de réinvention, pour proposer des formations à forte valeur ajoutée, capables de s’adapter aux contraintes des professionnels. » Aussi occupés soient-ils, ceux-ci devront rester à l’affût des évolutions, qui ne manqueront pas. Car s’ils ont été formés à prévoir l’avenir, il leur jouera toujours des tours.