L’histoire de ce couple, qui convoque ses enfants toute affaire cessante pour leur annoncer qu’il a touché le jackpot du Loto et va construire un orphelinat au Cambodge, n’est pas commune. L’idée vous a plu ?

C’est à la fois l’idée et le scénario, qui est très bien écrit, avec beaucoup de rebondissements. Il y avait aussi l’envie de tourner avec André Dussollier, que j’aime beaucoup. Travailler avec lui est fluide, ludique. Il y a une vraie complicité entre nous.

L’argent est au cœur de cette comédie et avive les tensions au sein d’une famille aimante, où chacun a ses propres réactions. Qu’en pensez-vous ?

L’arrivée soudaine de cet élément explosif est passionnante. Ce qui est super, c’est que le spectateur peut s’identifier à tous les personnages. Les gens se demandent forcément : « Qu’est-ce que j’aurais fait à leur place ? ». Cela pose aussi la question de la responsabilité envers les enfants adultes. Doivent-ils rester la priorité absolue ? Le film montre une sorte d’émancipation des parents par rapport à leurs enfants. Ils décident de se désengager, de partir loin.

Ce gros jackpot est comme une bombe qui leur tombe sur la tête. Qu’en faire ?

Oui mais il y a une part d’ambiguïté chez eux : au début, quand ils leur annoncent qu’ils vont « partir », les enfants imaginent une catastrophe, une maladie, et en souffrent. Quelques semaines plus tard, ils s’interrogent sur la trop bonne santé de leurs parents car ils ont peur qu’ils dépensent tout l’héritage ! Cela n’empêche pas l’amour mais c’est une situation très ambivalente.

Et vous, quel est votre rapport à l’argent ? Est-ce un sujet tabou ou conflictuel ?

Pas du tout. J’ai un rapport très pratique et distancié. L’argent sert à avoir un toit à soi — ce qui est très important — et à entretenir les choses, à payer ce qu’on doit. Je n’y attache aucun symbole particulier. Je n’ai pas de rapports tendus avec ça.

Vous retrouvez André Dussollier une nouvelle fois, après deux films tournés ensemble, « Montparnasse Pondichéry », d’Yves Robert (1993) et « Affaire de famille », de Claus Drexel (2007). Quel est le secret de votre duo qui semble si familier à l’écran ?

Nous avons une familiarité agréable, sincère. On se comprend très vite. Nous avons des parcours différents : lui, vient du théâtre classique et moi, du café-théâtre mais nous nous rejoignons aujourd’hui dans une « zone de vieillesse » commune. C’est une chance de continuer à travailler. Cela dit, il faut bien des acteurs pour représenter les grands-parents !

Avec plus de cent films à votre actif, vous êtes devenue une figure incontournable du cinéma français. Comment faites-vous pour durer, traverser les générations ?

C’est un mélange de travail et de chance. Je n’ai jamais cherché à cacher mon âge ou mes rides. Souvent, les gens que je croise sont très gentils car je représente leur propre jeunesse, l’époque des « Valseuses », de « La Femme flic » ou de « Milou en mai ». Ce métier est magnifique parce qu’on change de vie tous les deux mois. Si un tournage se passe mal, on sait que ça ne durera pas des années. J’ai eu des périodes plus calmes mais elles correspondaient souvent à des changements de tranche d’âge, quand il faut basculer vers la représentation d’une autre génération.

Comment faites-vous pour préserver votre vie privée ?

C’est simple, je ne me prête pas à ce jeu-là. Je n’ai pas envie de faire la couverture des magazines people. Il y a eu des moments plus intenses, plus difficiles par le passé mais, aujourd’hui, c’est plus tranquille.

À quoi rêvez-vous ?

Je n’ai pas de rêve précis. J’ai des beaux projets, qui, dans le contexte économique et politique actuel, sont en attente. J’en ai un qui s’appelle « Les Couturières », de Benjamin Delaroche. C’est un très joli premier film. Ce qui est amusant, c’est que ces derniers temps, on me fait souvent jouer des bourgeoises alors que je viens, comme on dit, d’un milieu prolétaire. C’est le paradoxe des rôles…

Et d’un métier lié aux apparences, à la fiction…

Oui et c’est assez ironique d’ailleurs. C’est un peu comme pour les scènes de conduite : on me met souvent au volant de vieilles voitures, des 4L ou des voitures d’une génération antérieure à la mienne, alors qu’en 1971, j’avais déjà mon permis moto et je roulais sur les premiers modèles japonais ! On me projette souvent dans une image qui ne correspond pas à la réalité de mes origines, ce qui est vraiment cocasse.

Que représente, pour vous, ce coin de Bretagne, le village de Saint-Cast-le-Guildo, dans les Côtes-d’Armor, où vous avez une maison ?

C’est drôle car beaucoup de choses ont été inventées par certains magazines qui la décrivaient de l’intérieur sans l’avoir visitée. J’ai effectivement une maison au milieu des autres, mais pas forcément là où on le croit. La Bretagne est liée à mon enfance et à mes vacances dans le Nord-Finistère, à Saint-Pol-de-Léon, dans un coin plus « rugueux », au milieu des champs d’artichauts. Aujourd’hui, je vis à l’orée d’un bois, entourée d’animaux : des lièvres, des chevreuils, des sangliers. C’est mon refuge, mon jardin secret et j’en suis enchantée.

« Chers parents » en salle le 25 février.