Deux pays, deux stratégies

Sur le terrain aérien, les deux armées n’ont pas fait le même choix stratégique. L’Ukraine mise sur des frappes ciblées. Elle développe des drones à longue portée et des missiles de croisière pour atteindre des objectifs précis et coûteux : raffineries de pétrole, usines d’armement, bases aériennes ou réseaux ferroviaires. Des infrastructures clés, parfois situées loin à l’intérieur du territoire russe.

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La Russie, à l’inverse, privilégie la quantité. Des drones et des missiles sont envoyés en grand nombre pour saturer les défenses antiaériennes ukrainiennes et user la population. Une stratégie brutale, très visible médiatiquement, mais dont le rendement économique s’affaiblit avec le temps.

Des drones « low cost »

Lorsque les drones Shahed, conçus en Iran, font leur apparition en Ukraine à la fin de l’année 2022, ils incarnent l’arme « low cost » par excellence. Rebaptisés Geran une fois produits en Russie, ces drones kamikazes peuvent parcourir jusqu’à 2000 kilomètres et emporter environ 40 kilos d’explosifs. Leur coût est alors estimé à 35 000 dollars l’unité, selon Forbes.

Lents et envoyés en essaims parfois très fournis, ils surprennent d’abord les défenses ukrainiennes. Mais l’avantage est de courte durée. Kiev développe rapidement des moyens de brouillage électronique pour perturber leur trajectoire, tandis que des missiles intercepteurs abattent ceux qui passent à travers les premières lignes de défense.

Les taux d’interception grimpent parfois jusqu’à 90 %. Problème : ces interceptions reposent sur des munitions extrêmement coûteuses. Un missile Patriot américain vaut environ 3,3 millions de dollars. Même un missile portatif Stinger représente une dépense d’environ 100 000 dollars, soit bien plus que le prix initial d’un Shahed.

Pour conserver leur efficacité, les Russes font évoluer leurs drones. Les nouveaux Geran sont désormais équipés d’un système de navigation satellitaire, le Kometa-M, et de protections contre le brouillage électronique. Des améliorations utiles, mais coûteuses. Selon Forbes, ces dispositifs seraient « aussi chers que le drone lui-même », faisant grimper son prix à environ 70 000 dollars. Autrement dit, l’arme bon marché ne l’est plus vraiment.

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Pendant que Moscou investit dans des drones toujours plus sophistiqués, l’Ukraine suit la trajectoire inverse : faire mieux avec moins. Des drones intercepteurs explosifs, dont le coût oscille entre 1 400 et 2 400 dollars, viennent compléter le dispositif antiaérien. Des solutions simples, mais efficaces.

L’ingéniosité ukrainienne prend parfois des formes plus inattendues. TF1 a ainsi montré un Antonov An-28, un avion à hélices conçu dans les années 1960, transformé en chasseur de drones. Équipé d’une mitrailleuse M-134 Minigun capable de tirer jusqu’à 6 000 coups par minute, l’appareil aurait déjà abattu environ 150 drones Geran, selon le média français.

Cette évolution illustre ce que le chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri, Léo Péria-Peigné, expliquait à Géo : l' »économie de salve ». Il la définit comme « le rapport entre le coût d’une attaque ou d’une défense et celui des dégâts infligés à l’adversaire ». Et aujourd’hui, ce rapport penche clairement du côté de l’Ukraine.

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