Aujourd’hui, Louis a 15 ans. Il est en seconde générale au lycée Aliénor-d’Aquitaine à Poitiers. Il vise un bac technologique Sciences et technologies du management et de la gestion (STMG). Mais la phrase que sa maman, Aude-Marie Chevrier, a la plus entendue est certainement : « Il est difficile, votre enfant. »
Aude-Marie vient de lancer l’association Cap ou pas Cap 86 pour accompagner les parents qui, comme elle, ont trop souvent dû faire face à ces phrases qui font mal. « Il est compliqué. Il provoque. Il est mal élevé. Voilà les phrases entendues », note celle qui est enseignante documentaliste à La Providence. « On me renvoyait cela alors que moi, je sais comment je l’ai éduqué Louis, à dire, bonjour, merci, au revoir mais, de fait, il ne le disait pas. »
« Il faut se faire confiance quand on sent un truc qui déconne »
Louis est né sourd : c’est vers l’âge de 7 ans que sa maman « sent qu’il y a un truc qui ne va pas ». Aude-Marie Chevrier se remémore : « Je dis aux parents de se faire confiance. Si on sent un truc qui déconne, c’est que c’est vrai. Moi, je voyais bien que Louis était impulsif, sauvageon et que ce n’était pas normal. » C’est là qu’on diagnostique que Louis est neuro-atypique avec un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et une dyspraxie visuo-spatiale.
La maman décide alors « de faire équipe » avec son fiston. Et de transmettre aux autres parents ce qu’elle aurait aimé savoir. En parallèle de son activité d’enseignante, elle se forme, sur son temps de vacances, et obtient un diplôme universitaire en neurosciences éducatives. Ce qui lui a permis de lancer avec un collègue, une classe de troisième spéciale sur le thème « Mieux se connaître pour mieux s’orienter ». Aude-Marie Chevrier sourit : « Quand on comprend mieux comment son cerveau fonctionne, c’est plus simple de savoir quoi faire. »
Elle a ainsi appris que le TDAH, c’est « un problème de dérégulation de la dopamine ». C’est pourquoi « les enfants sont impulsifs, dans la précipitation ou coupent la parole ». Cap ou pas Cap 86 donne « les bons tuyaux » pour mieux appréhender ces difficultés. « Le moment compliqué, c’est souvent le soir et l’heure des devoirs. » Depuis novembre, Cap ou pas Cap 86 a suivi trois familles dans leur parcours.
« Le système scolaire pas très adapté »
Lucide, Aude-Marie Chevrier avoue : « Le système scolaire n’est pas très adapté pour les neuro-atypiques. Les enseignants font ce qu’ils peuvent. Ils ont un socle commun à apprendre aux enfants alors qu’être élève pour un TDAH ne coule pas de source. Être assis derrière une table toute la journée, passer d’un cours de maths à un cours d’arts plastiques, c’est une gymnastique loin d’être naturelle. » Bien accompagnés, ils en sont pourtant cap’ !