« Je suis toujours plus ou moins ballonnée, déplore Laeticia. Le pire, c’est après les repas, je prends bien une taille de pantalon. Du coup, j’ai l’habitude de m’habiller très large afin que cela ne se voit pas. » Particulièrement gênants et parfois visibles, les ballonnements (accumulation de gaz dans les intestins) peuvent s’accompagner de douleurs, de flatulences… Autant de symptômes qu’il est possible d’atténuer lorsque l’on en connaît l’origine.
Attention au Sibo
« Le Sibo (pour small intestinal bacterial overgrowth) est l’affection des ballonnements par excellence, qui en constituent le premier symptôme, selon Joris Vanlerberghe, naturopathe, auteur d’Hyperballonné ? (Leduc). Il provient d’une pullulation de bactéries dans l’intestin grêle, zone habituellement peu colonisée. Ces bactéries en surnombre y fermentent les aliments, ce qui suscite la formation de gaz. »
Les ballonnements caractéristiques du Sibo « surviennent très rapidement après les repas, indique la naturopathe Julie Pradines, auteure d’Anti-inflammatoire (Solar). Le ventre est gonflé dès le matin, avec des gaz ou éructations fréquents, parfois associés à une fatigue importante ou des carences nutritionnelles (mauvaise absorption des nutriments, qui s’effectue dans l’intestin grêle) ».
Parmi les causes les plus fréquentes de Sibo : une intoxication alimentaire, une opération abdominale, des troubles de la motilité intestinale. Le Sibo peut être détecté par un test respiratoire, prescrit par un médecin. « Ce test détermine, dans l’haleine, la quantité d’hydrogène ou de méthane produite par les microbes intestinaux en surnombre lorsqu’ils dégradent certains sucres », précise Joris Vanlerberghe. Si le résultat est positif, une cure d’antibiotiques est nécessaire pour endiguer le développement bactérien. A renouveler si besoin est.
Et si c’était un syndrome de l’intestin irritable ?
Les ballonnements font souvent partie du cortège des symptômes du syndrome de l’intestin irritable (SII), « ils fluctuent alors en fonction du stress et du rythme de vie, rapporte Julie Pradines. Ils peuvent s’accompagner de diarrhée, de constipation ou d’une alternance des deux ».
Si les causes du SII sont multifactorielles et encore partiellement identifiées, « on sait qu’il s’agit d’un trouble de l’interaction entre les intestins et le cerveau, qui communiquent en permanence, souligne Joris Vanlerberghe. A la clé, une altération de la motilité intestinale. Les aliments sont alors susceptibles de fermenter de façon excessive dans le côlon. »
S’y ajoute une hypersensibilité viscérale, avec une exacerbation de la perception douloureuse en présence de gaz. Le diagnostic de ce trouble fonctionnel se fait par défaut après exclusion de toute pathologie organique. Il repose sur les « critères de Rome », qui stipulent que les symptômes doivent revenir au moins une fois par semaine au cours des trois derniers mois et avoir débuté depuis au moins six mois avant le diagnostic.
Il n’existe pas de médicament spécifique contre le SII. Le médecin prescrit le plus souvent des antispasmodiques contre les douleurs ainsi que des probiotiques, le microbiote des patients étant fréquemment déséquilibré. Côté alimentation, l’apport en fibres doit être contrôlé.
Il faut éviter les aliments ultra-transformés, qui déséquilibrent le microbiote intestinal
La faute aux Fodmap
Rappelons que les Fodmap représentent quatre familles de glucides fermentescibles (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols), notamment présents dans les légumineuses, les légumes, les fruits… Essentiels en quantité raisonnable à la bonne santé du microbiote, ils sont peu digestes, car ils arrivent intacts dans le côlon, où ils fermentent sous l’action des bactéries.
Parmi eux, « les polyols – des édulcorants ajoutés aux bonbons et chewing-gums dits sans sucre – se révèlent particulièrement délétères, précise le Dr Pierre Nys, endocrinologue, auteur de Plus jamais ballonné ! (Leduc). Une alimentation pauvre en Fodmap peut être proposée en première intention dans la prise en charge des ballonnements, quelle qu’en soit l’origine. »
Après une phase d’élimination de tous les aliments riches en Fodmap durant quatre à six semaines, le protocole vise à réintroduire progressivement les quatre familles. Objectif : identifier celle(s) qui pose(nt) problème et trouver la dose tolérable. Pour cela, il est fortement conseillé de se faire accompagner par un spécialiste (nutritionniste, diététicien…). Parallèlement, il faut éviter les aliments ultra-transformés, « qui déséquilibrent le microbiote intestinal, ce qui favorise la prolifération des mauvaises bactéries et peut entraîner des mécanismes de fermentation importants », ajoute l’endocrinologue.
À bas le stress
« Le stress ralentit la digestion, perturbe la motilité intestinale, modifie la composition du microbiote et favorise les spasmes et la fermentation », rappelle Julie Pradines. Le bon réflexe accessible à tous ? Manger (assis) dans le calme et lentement, de façon à garantir une bonne mastication nécessaire au broyage mécanique des aliments, mais aussi à la sécrétion de salive et de ses enzymes destinés à prédigérer les aliments, « ce qui en bout de chaîne facilite le travail de fermentation des bactéries dans le côlon », observe la naturopathe.
Plus globalement, pour mettre à distance le stress, les pratiques psychocorporelles (yoga, méditation de pleine conscience, hypnose…) ont fait leurs preuves. En particulier, « des études cliniques ont montré les bénéfices de l’hypnose dans la prise en charge du côlon irritable, avec une amélioration des ballonnements, du transit, des douleurs », assure le Dr Jean-Marc Benhaiem, médecin hypnothérapeute. Selon lui, un ventre spasmé, gonflé, donne une information sur l’état psychique du patient – sous pression, surmené…
« Sous hypnose, un état de conscience modifié permettant d’être pleinement réceptif aux suggestions positives émises par le praticien, on peut précisément travailler sur ces tensions à l’aide de métaphores, par exemple « imaginez que votre côlon n’est plus un torrent mais une rivière calme, tranquille » ou « imaginez que votre main qui se pose sur votre ventre apaise les contractures, les ballonnements…» » L’enjeu : ne plus « lutter » contre ses intestins mais décider d’en prendre soin, le subconscient mobilisant ses propres ressources afin d’y parvenir. Il faut compter deux ou trois séances pour ressentir un véritable calme intérieur.
Le cas du syndrome prémenstruel
Chez de nombreuses femmes, « les ballonnements s’intensifient avant les règles, en raison d’une élévation du taux de progestérone pendant la phase lutéale du cycle. Cette hormone exerce un effet myorelaxant sur les muscles lisses, dont l’intestin, ce qui ralentit le transit, favorise la rétention hydrique et augmente la sensibilité viscérale », décrit Julie Pradines, naturopathe. Pas d’inquiétude, ces ballonnements physiologiques disparaissent en quelques jours dès l’arrivée des menstruations.
4 plantes à la rescousse
• Le fenouil pour limiter la fermentation.
• La menthe poivrée pour son action antispasmodique.
• Le romarin pour un soutien digestif et hépatique.
• La mélisse pour son double effet antistress et digestif.