Dans le premier cas, la relation se déroulait à l’extérieur des murs lors des congés pénitentiaires avec détenu de 25 ans condamné à sept ans d’emprisonnement pour une série de braquages. Celui-ci avait, dans des échanges de courriers échangés à partir du mois de février, laissé entendre à la stagiaire qu’une sortie temporaire se profilait et qu’il ne serait pas insensible à approfondir leur connaissance.
Dans le second cas, les rendez-vous avaient lieu à l’intérieur même de la prison, avec un détenu qui, lui, ne bénéficiait d’aucun régime de sortie. « J’étais en cellule avec deux autres détenus mais je suis malgré tout parvenu à créer un lien avec elle. Nous avons commencé à discuter. À partir du mois de mai, notre relation s’est développée en dehors des murs alors que j’étais en congé pénitentiaire. Elle venait me chercher à la sortie, m’accompagnait à mes rendez-vous », nous avait confié le premier détenu à l’époque.
« Tout se passait bien jusqu’au 13 juin, jour où j’ai appris qu’elle était interdite d’entrée pour suspicion de relation. Je pensais que c’était à cause de moi mais j’ai fini par découvrir qu’elle en fréquentait un autre dans une section différente », poursuit-il.
Une gardienne de prison amoureuse vient d’être suspendue
Piqué au vif, il avait alors mené sa propre enquête pour identifier son rival amoureux. « Je l’ai confronté au préau pour en avoir le cœur net. Il a avoué. J’ai ensuite été convoqué par la direction. Les directrices m’ont assuré qu’il n’y aurait pas de sanction disciplinaire ni de transfert. Dans mon cas, les faits ont eu lieu en dehors de la prison et ils ne peuvent légalement pas me punir », faisait valoir l’ancien braqueur.
Le rival en question avait pour sa part été transféré à la prison d’Andenne. Il avait pris la place d’un détenu de cet établissement lui aussi impliqué dans une relation avec une agente. Interrogée sur le licenciement de la stagiaire, Valérie Callebaut, porte-parole de l’administration pénitentiaire, indique ne pas commenter les situations individuelles.
Le code de déontologie confirme toutefois « l’interdiction qu’a le personnel des prisons d’entretenir des relations non professionnelles avec des détenus, tant dans la prison qu’en dehors de la prison. Ceci dans la perspective que l’agent reste dans un rôle professionnel, neutre, respectueux de l’obligation de discrétion, du devoir de réserve et du secret professionnel vis-à-vis des détenus libérés. »
La déontologie de la fonction interdit ainsi toute relation dans un contexte personnel de travail avec le condamné libéré, sa famille, parent et alliés. Et cela dans la perspective de veiller à la sécurité de l’agent et de l’image de l’organisation et des fonctions dans la société. Le cas échéant la procédure disciplinaire est initiée et suivant l’analyse des éléments, différentes sanctions existent. Un agent peut être écarté de son travail par mesure de sécurité.
Le cas est loin d’être isolé. En août dernier, une assistante sociale a été surprise en flagrant délit dans son bureau avec un détenu condamné pour des faits de viol commis sur une personne majeure. Le détenu, un homme né en 1982, effectuait de nombreux allers-retours dans le bureau de l’assistante sociale.
Il allait lui rendre visite très souvent alors que les détenus ne sont censés les voir que lors de procédures administratives pour préparer un dossier de sortie, de congé pénitentiaire, de réinsertion. Pour en avoir le cœur net, des employés ont fait irruption dans le bureau et pris les tourtereaux en flagrant délit. Le dossier du détenu ne contenait que des feuilles blanches. L’assistante sociale a finalement été suspendue de ses fonctions.