À hauteur de 20 millions d’euros par mois en mai, juin et juillet, le plus gros morceau des mesures d’aide consistera en une incitation fiscale pour que les employeurs interviennent davantage dans les frais de déplacement domicile-travail. Il est question de compenser intégralement « chaque augmentation à hauteur de 20%, avec un maximum de 10 centimes par kilomètre, par le biais d’un crédit d’impôt accordé à l’employeur », tout en exonérant d’impôt le supplément touché par le salarié. Les employeurs qui n’octroient pas encore une telle indemnité seront, de la même manière, incités à la mettre en place, avec ici une compensation du fédéral à hauteur de 20% (et maximum de 10 centimes/km).

Flambée des prix de l’énergie : Le gouvernement reprend ses travaux mardi soir en cabinet restreintVéhicule personnel

Pour les déplacements effectués avec son véhicule personnel dans le cadre du travail, comme c’est souvent le cas des aides-soignantes à domicile par exemple, il y aura aussi une augmentation, neutre pour l’employeur. Sur les mois d’avril, mai et juin, le mode de calcul de l’indemnité kilométrique forfaitaire sera modifié, pour coller davantage à la réalité actuelle des prix à la pompe. Les montants maximum vont donc gonfler.

Chauffage

Pour ce qui est du chauffage, les ménages vulnérables qui utilisent gaz ou mazout seront aidés via les fonds existants, liés aux CPAS (Fonds social mazout et Fonds gaz et électricité). Le fédéral va répartir une enveloppe unique de 15 millions entre ceux-ci.

Au passage, l’augmentation des accises sur ces produits sera reportée au 1er août. Elle aurait dû déjà entrer en vigueur, mais est jusqu’ici restée bloquée au parlement.

« Augmentation de l’intervention kilométrique, incitation fiscale à l’augmentation de l’intervention de l’employeur, report de l’augmentation des accises sur le gaz ou encore dotation complémentaire aux fonds chauffage et gaz/électricité », a ainsi listé le ministre de l’Energie, Mathieu Bihet (MR), après le kern.

Prix de l’énergie: le pétrole et le gaz s’envolent suite aux derniers événements au Moyen-Orient

Son collègue de parti David Clarinval, vice-Premier et ministre de l’Emploi et de l’Économie, a pour sa part estimé que les souhaits des libéraux avaient été entendus. « Les principaux bénéficiaires seront les travailleurs qui utilisent leur voiture personnelle pour (aller) travailler, les personnes précarisées, les indépendants et les agriculteurs », a-t-il assuré dans un message publié sur les réseaux sociaux. Des dispositions spécifiques, sans impact budgétaire, sont en effet prévues pour soulager la trésorerie des indépendants et agriculteurs qui le souhaitent.

Si les mesures ne sont a priori prévues que pour trois mois, « on réévaluera la situation en fonction de son évolution », a souligné le ministre peu après la fin du kern. « On a enfin obtenu les mesures que nous réclamions », s’est-il réjoui.

L’offre et la demande

Au-delà des mesures immédiates et concrètes, le gouvernement a également décidé d’agir sur l’offre et la demande. D’une part, une campagne est annoncée pour encourager une baisse de la consommation, ce qui peut passer par des économies d’énergie, le co-voiturage, le télétravail, etc. D’autre part, le kern souligne qu’il est temps de travailler à un renforcement et une diversification de l’offre. Les appels d’offres pour les « lots » éoliens de la Zone Princesse Élisabeth (PEZ) devront être accélérés. Et on évoque aussi un cadre pour un nouveau programme nucléaire belge.

En ce qui concerne une taxation des « surprofits » des géants de l’énergie ou du pétrole, l’analyse doit se poursuivre. Le gouvernement attend la « boîte à outils » de la Commission, mais la Belgique coopérera en tout cas « activement » à la mise en place d’un « cadre européen solide ».

Prix de l’énergie : faute d’accord ce vendredi, le MR bloque toutes les décisions au sein du gouvernement fédéral« Trop peu, trop tard », dénonce le PS

« Après 7 semaines de crise, le gouvernement de Bart De Wever s’accorde sur des mesurettes. C’est trop peu et trop tard ! », dénonce le chef de groupe PS Pierre-Yves Dermagne mercredi matin, au lendemain de l’accord intervenu au fédéral sur les prix de l’énergie.

Le fédéral consacrera une enveloppe de 80 millions d’euros à des mesures temporaires, ciblées sur trois mois.

« Mais pour les travailleurs et les familles, la réalité d’hier reste celle d’aujourd’hui : il faut remplir la citerne et faire le plein pour aller travailler. Avec ce système, on crée une injustice flagrante : deux travailleurs avec le même salaire pourront être aidés ou pas simplement en fonction de leur employeur », estime le socialiste, dans une réaction à Belga.

« Pendant ce temps, le coût de la vie explose et le gouvernement refuse toujours de prendre des mesures fortes comme bloquer les prix à la pompe. La gestion de ce gouvernement ne protège pas les travailleuses et les travailleurs », conclut-il.