Des produits à double usage

Les autorités lui reprochent surtout d’avoir tenté de contourner les sanctions internationales imposées à la Russie depuis 2022 suite à l’invasion de l’Ukraine. En l’espèce, il est question de la livraison entre 2023 et 2024 de produits à double usage, soit des produits à usage civil qui peuvent être détournés à des fins militaires. Des faux documents auraient été produits aux douanes pour ce faire et le parquet fédéral estime que Viktor Labin en est l’auteur.

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Ce qu’il a fermement contesté ce mercredi devant la 47e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, où il est poursuivi aux côtés de son fils Ruslan (qui fait défaut) et d’Igor P., leur associé. « Je n’ai jamais signé un seul contrat avec une société d’État et encore moins de société militaire. Il s’agissait de matériel métrologique », a-t-il assuré à l’audience.

Le parquet fédéral lui reproche l’envoi de détecteurs de propagations d’explosifs, d’alumine de fer et d’oxyde d’yttrium, deux produits chimiques pouvant entrer dans la fabrication de réacteurs.

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« Je n’ai jamais eu de contacts avec aucune autorité douanière. Quand vous contactez une société de transport, c’est à elle de fournir les autorisations et déclarations nécessaires », a-t-il encore ajouté. Il est notamment question d’un convoi à destination du Kazakhstan qui a été stoppé à la frontière lettone courant 2024, suite à la détection de faux documents. Pour les autorités, le destinataire final et réel de cette livraison d’oxyde d’yttrium n’était autre que la Russie.

« Il n’a jamais été question d’une livraison ou même d’un transit vers la Russie. Il n’était d’ailleurs pas question de produits chimiques au début. Suite à ce blocage à la frontière, Viktor m’a demandé d’entreprendre toute une série de démarches pour obtenir une autorisation belge pour transporter ce genre de produits. Toutes les communications se sont fait avec l’avale de Viktor », explique Igor P. en se déchargeant de toutes responsabilités au profit de son coprévenu.

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« Il fait l’objet, tout comme sa société, d’une surveillance de nos services de renseignements depuis 2017 déjà. Les actes ont été posés sciemment afin de contourner les interdictions d’exportation vers la Russie, qui a redoublé d’imagination pour de. Il y avait trois méthodes décrites par la Sûreté de l’État », expose Bernard Michel, le procureur fédéral aux réquisitions ce mercredi.

Jusqu’à 10 ans requis

« La Russie achète des biens de substitution pour les utiliser à d’autres fins, comme des machines à laver ou des frigos. Elle sous-traite à d’autres pays qui sont plus souples avec leur relation avec la Russie. Chine, Kazakhstan, la Turquie… La 3e méthode est d’utiliser leur réseau d’agents établis à travers l’Europe », détaille le magistrat debout. Ce dernier liste le nombre de sociétés « écrans » du prévenu, dont plusieurs ont la même adresse qu’une filiale russe qui n’est autre que le plus grand fabricant de char de l’autre côté de l’Oural.

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« Monsieur a des contacts avérés avec d’autres agents du GRU en Belgique et en Europe », assure la toge noire du parquet fédéral. « On part en camion pour livrer la Chine ou le Kazakhstan, ça n’a aucun sens. L’objectif poursuivi n’est pas commercial », estime-t-il.

Celui-ci requiert 10 ans de prison par défaut contre Ruslan Labin. 7 ans contre son père et 3 ans contre Igor P., dont l’implication est moindre dans l’affaire.