Initiative belge
La Belgique – plus exactement, sa ministre de l’Asile et la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA) – n’est pas la moins active dans cette négociation. C’est même à sa demande que la Commission européenne a ouvert un canal de discussion avec le régime afghan pourtant honni.
La ministre belge n’a jamais caché son volontarisme. Dans un entretien à La Libre au début du mois de février, Anneleen Van Bossuyt se vantait d’avoir « envoyé une lettre au commissaire européen à l’Asile et à la Migration pour lui demander d’agir en tant qu’Union européenne » et se félicitait que 19 États membres s’étaient joints à sa demande.
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Il faut savoir que c’est d’Afghanistan que viennent le plus grand nombre de demandes d’asile déposées en Belgique depuis 10 ans – à l’une ou l’autre exception. C’était notamment le cas en 2025 : 3 947 Afghans ont demandé une protection internationale en Belgique. Et cela pourrait bien encore être le cas en 2026. Pour les trois premiers mois de l’année, 688 ressortissants afghans ont déposé en Belgique une demande d’asile.
En général, moins de la moitié de ces ressortissants voient leur demande acceptée. Ainsi, en 2025, le Commissariat aux réfugiés et apatrides (CGRA) n’a accordé l’asile qu’à environ 40 % de ressortissants afghans. Cela signifie donc que 60 % de ces personnes ont reçu un ordre de quitter le territoire. Mais ils sont très, très peu nombreux à le faire. En 2025, seuls quatre Afghans sont retournés volontairement dans leur pays – il y en avait eu onze en 2024 et quatre en 2023. Il n’y a eu par ailleurs aucun retour forcé. Et pour cause : l’Afghanistan refuse de prendre leurs ressortissants qui feraient l’objet d’un retour forcé. Même si les ressortissants ont commis un délit.
Un régime paria
« Moins de la moitié a obtenu l’asile chez nous, expliquait Anneleen Van Bossuyt en février. Ce n’est pas moi qui décide cela mais le CGRA, qui est un organe indépendant. Nous arrivons donc à une situation où ces personnes sont ici en séjour illégal, mais qu’on ne peut pas renvoyer en Afghanistan. C’est un problème. Certains bourgmestres et la police se plaignent de soucis que certains d’entre eux créent dans leur commune. Il y a également des problèmes dans les centres d’accueil. »
Voilà donc pourquoi la Commission européenne a ouvert un dialogue avec l’Afghanistan. Le hic, c’est que ni l’Europe ni la Belgique ne reconnaissent le nouveau régime afghan. Pas plus d’ailleurs que la ministre belge. « Jamais je ne soutiendrai le régime des Talibans, particulièrement en tant que femme », disait-elle dans la même interview. En rajoutant : « Mais il faut comprendre le problème auquel nous sommes confrontés ». Anneleen Van Bossuyt explique dès lors que « les discussions restent au niveau administratif et technique ». En clair, les ministres ne sont jamais en première ligne.
Le ministre belge des Affaires étrangères se montre moins souple avec l’éthique. Maxime Prévot (Les Engagés) affirme ne pas avoir l’intention d’inviter des « membres du régime taliban en Belgique, même à un niveau technique ». Il précise cependant qu’en « vertu de la politique du pays hôte, la Belgique peut être amenée à autoriser des réunions sur son territoire, par exemple au nom de l’Union européenne, mais celles-ci se déroulent dans le cadre de l’UE et non dans le cadre belge ». En précisant qu’à ce jour, « nous n’avons reçu aucune demande de ce type de la part de la Commission européenne ».