En ne le niant pas, Pecco Bagnaia a lui-même admis qu’il quitterait Ducati la saison prochaine. Comme les autres transferts d’ores et déjà actés, la nouvelle n’est pas officielle, néanmoins le double champion du monde MotoGP est attendu chez Aprilia pour y faire équipe avec Marco Bezzecchi.

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Le manager de Bagnaia a commencé à se renseigner sur l’avenir de son pilote dès la fin de l’été dernier et, après plusieurs mois de réponses vagues, il a compris que la Ducati qu’il pilotait jusqu’alors reviendrait à Pedro Acosta en 2027. Il a donc décidé d’agir et d’entamer des négociations avec Yamaha, malgré la volonté alors publiquement affichée par Bagnaia de rester lié à sa marque de cœur.

Yamaha a présenté une offre concrète au pilote italien, cependant deux éléments l’ont fait hésiter. Le premier, c’est le manque de fiabilité de la M1 2026, constaté lors des essais de pré-saison à Sepang où la marque a dû renoncer à rouler durant une journée afin de ménager ses moteurs. Le second point, non moins important, c’est la découverte que Yamaha avait déjà engagé Jorge Martín, avec qui il aurait donc fait équipe pour les deux prochaines années.

C’est alors qu’Aprilia a saisi sa chance, en jouant sur la corde émotionnelle face à Yamaha dont la priorité avait été Martín, et en proposant à Bagnaia la moto, aujourd’hui très compétitive, que l’Espagnol laissera à la fin de la saison. Son offre étant néanmoins moins avantageuse financièrement que celle de Yamaha, Aprilia a dû accepter un contrat de quatre ans, avec un premier engagement pour deux ans qui sera renouvelable par les deux parties fin 2028.

Moins d’argent, mais plus de stabilité et de sécurité : Bagnaia a trouvé dans cette offre des valeurs essentielles à ses yeux. Se pose à présent la question de savoir avec quel entourage le pilote italien changera de stand.

Gabarrini, le technicien de confiance de Bagnaia

Rapidement, beaucoup ont été convaincus que Bagnaia ne pouvait qu’être suivi par celui qui est son ingénieur depuis son arrivée en MotoGP, Cristian Gabarrini. Italien comme lui mais surtout doté d’une expérience remarquable, celui-ci a été placé à ses côtés chez Pramac lorsque Ducati l’a recruté, et il ne l’a depuis jamais plus quitté.

Cristian Gabarrini, chef mécanicien de Francesco Bagnaia, Pramac Racing

Cristian Gabarrini accompagne Pecco Bagnaia depuis 2019.

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Bien que cela ne soit pas forcément la norme, certains pilotes, et notamment les meilleurs, ont parfois fait en sorte que leurs techniciens de confiance les suivent dans les différents changements qu’ils ont pu connaître au cours de leur carrière. Valentino Rossi, notamment, a emmené son fidèle Jeremy Burgess chez Ducati en 2011 alors que tous deux avaient jusqu’alors opéré chez Honda et Yamaha. Plus récemment, Jorge Martín a quitté le clan Ducati avec Daniele Romagnoli pour rejoindre Aprilia.

Il existe aussi beaucoup de contre-exemples, soit par choix du pilote ou de l’ingénieur, soit parce qu’un constructeur a pu s’opposer à se séparer d’un technicien. Le cas de Marc Márquez est en ce sens emblématique, l’Espagnol ayant été contraint de se séparer de son ingénieur Santí Hernández et d’une très grande partie de son staff technique lorsqu’il a rompu son contrat avec Honda pour partir chez Gresini et Ducati. Dans le passé, Jorge Lorenzo a été un autre exemple, n’ayant pu faire venir Ramón Forcada chez Ducati après neuf saisons ensemble chez Yamaha.

Une longue carrière auprès de Stoner, Lorenzo et Bagnaia

Cristian Gabarrini a, lui, passé huit ans aux côtés de Pecco Bagnaia. À bientôt 54 ans, cet ingénieur en génie mécanique auprès de l’Université d’Ancône a rejoint les Grands Prix fin 2002 en 250cc, avant de très vite intégrer l’équipe LCR pour travailler sur ses données dans les petites catégories.

C’est là qu’il a scellé sa première relation forte avec un pilote en travaillant avec le jeune Casey Stoner, qu’il allait retrouver en 2007, cette fois en MotoGP et chez Ducati. Entre temps, Gabarrini avait été recruté par le constructeur italien, d’abord en tant qu’ingénieur électronique et directeur technique de son équipe satellite avant d’intégrer l’équipe d’usine.

Ensemble, Stoner et Gabarrini ont mené Ducati vers son premier titre MotoGP, puis l’ingénieur a suivi son pilote chez Honda en 2011 pour l’accompagner sur ses deux dernières saisons, avec un nouveau titre à la clé.

Une fois l’Australien à la retraite, Gabarrini est dans un premier temps devenu ingénieur de course pour le HRC, travaillant avec Marc Márquez et Dani Pedrosa, avant de reprendre un rôle auprès d’un pilote attitré en 2015. Il allait cette fois passer deux ans aux côtés de Jack Miller chez LCR et Marc VDS, en ayant également l’opportunité de travailler avec Nicky Hayden à cette période.

En 2017, Gabarrini est retourné chez Ducati pour travailler cette fois avec Jorge Lorenzo, qui avait déjà tenté de l’enrôler précédemment, en vain. C’était le début d’une seconde collaboration marquante dans la carrière du technicien, bien qu’elle n’ait duré que deux ans mais avec le succès que l’on sait pour l’Espagnol sur la moto de Borgo Panigale.

Jorge Lorenzo, Ducati Team, et Christian Gabarrini

Cristian Gabarrini auprès de Jorge Lorenzo chez Ducati, en 2017.

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Une fois la rupture entre Lorenzo et Ducati actée, Gabarrini a été placé aux côtés d’une nouvelle recrue, chargé de lui apprendre le MotoGP : sa collaboration avec Pecco Bagnaia débutait alors, d’abord chez Pramac avant que le duo ne rejoigne l’équipe d’usine en 2021.

Ensemble, ils ont décroché deux titres, ce qui fait de Cristian Gabarrini l’artisan des trois premiers championnat MotoGP remportés par Ducati. Mais après huit saisons en binôme, une question cruciale se pose à présent pour l’ingénieur : suivra-t-il Bagnaia chez Aprilia ou bien choisira-t-il de rester chez Ducati ?

L’arrivée d’Acosta peut-elle briser le duo Gabarrini-Bagnaia ?

Aujourd’hui, Cristian Gabarrini est confronté à ce qui est sans doute la décision la plus difficile de sa carrière : rester fidèle à Pecco Bagnaia et le suivre chez Aprilia, ou conserver sa place chez Ducati, où un défi de taille l’attend avec l’arrivée de Pedro Acosta, l’étoile montante du MotoGP.

L’Espagnol, actuellement chez KTM, a demandé à Ducati de lui permettre de travailler avec Gabarrini. « Ils se connaissent, se parlent souvent et l’alchimie est bonne », ont confié à Motorsport.com des personnes qui connaissent leur relation. D’autres, au sein même de l’équipe, partagent cet avis. « L’idée est qu’il continue chez Ducati, et tout semble aller dans ce sens », prédisent-elles.

Marco Gabarrini junto a Valentino Rossi y Pecco Bagnaia en el VR46 Ranch

Matteo Gabarrini avec Valentino Rossi et Pecco Bagnaia au Ranch.

Photo de : IG: VR46 Riders Academy

Il y a un aspect intéressant à cela. Beaucoup voient en effet en Acosta le nouveau Stoner, et le pilote espagnol est curieux de tout savoir de l’Australien : sa méthode de travail, ses exigences, ses priorités en pilotage… Pour Acosta, ce serait une aubaine de pouvoir compter sur l’ingénieur qui a remporté deux titres avec un pilote aussi atypique que Stoner.

Néanmoins, un autre facteur, plus émotionnel, entre en jeu. Le fils de Cristian Gabarrini, Matteo, est en effet membre de la VR46 Riders Academy depuis 2024. Il y fréquente logiquement Pecco Bagnaia ainsi que tout l’entourage de Valentino Rossi.

La carrière du jeune Matteo Gabarrini, qui fêtera ses 17 ans début mai, compte pour son père. Vainqueur du CIV (le championnat italien de vitesse) en catégorie MiniGP50 en 2021, il court à présent en champion du monde Junior Moto3 et représente un espoir prometteur pour les Grands Prix. Nul ne sait quel poids ses liens avec VR46 et son avenir auront dans la décision que prendra Cristian Gabarrini.

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