Ce qui a fait la force de Criminal Record, au-delà d’une enquête
Dans sa première saison, Criminal Record s’inscrivait dans une tradition britannique du polar, tout en évitant la mécanique trop confortable du procedural. Là où certaines séries misent avant tout sur l’émotion, le choix ici était différent : une narration plus politique, plus distante, qui laisse le spectateur observer, douter et recoller les pièces.
Le déclencheur, pourtant, tenait à peu de chose : un appel anonyme, et une affaire ancienne qui refait surface après des décennies. Cette relance place face à face deux inspecteurs que tout oppose, et c’est dans ce tête-à-tête que la série installe sa tension la plus durable. D’un côté, Daniel Hegarty, incarné par Peter Capaldi, policier chevronné, respecté, mais jamais complètement lisible. De l’autre, June Lenker, jouée par Cush Jumbo, déterminée à faire émerger la vérité. Leur relation devient rapidement l’axe central du récit, comme une partie d’échecs où chaque avancée est calculée, chaque mot peut être une arme, et chaque silence pèse lourd.
La réception critique a aussi tenu à cette capacité à dépasser le simple « qui a fait quoi ». Et surtout, l’enquête sert de cadre à des questions contemporaines : racisme systémique, corruption policière, et poids des décisions passées. Autrement dit, la série ne se contente pas d’accumuler des indices : elle met en scène ce que ces indices révèlent d’un système.
Une saison 2 qui durcit le propos et élargit les enjeux
Source: DR
La saison 2 ne cherche pas à changer de formule pour surprendre à tout prix. L’intention, au contraire, semble être d’intensifier ce qui fonctionnait déjà : la tension entre les personnages, le doute permanent sur les motivations, et une dimension politique plus frontale.
Cette fois, l’intrigue s’ouvre sur un événement violent : le meurtre d’un jeune homme pendant un rassemblement politique. Ce choc initial agit comme un détonateur et remet Hegarty et Lenker sur une trajectoire commune, même si la coopération ressemble davantage à une collaboration imposée qu’à une alliance choisie.
Très vite, l’affaire dépasse les contours d’une enquête criminelle « classique ». La série bascule vers une opération d’infiltration pour tenter de déjouer un complot terroriste d’extrême droite au cœur de Londres. Ce changement d’échelle permet de poursuivre l’exploration des zones grises du pouvoir, avec une question de fond qui revient : quel rôle joue la police dans une société fracturée, et que se passe-t-il lorsque l’institution devient elle-même un terrain de conflit ?
La relation entre les deux protagonistes évolue elle aussi. Après les révélations de la première saison, la méfiance reste très présente, mais les circonstances les obligent à avancer ensemble. Sur le papier, le principe est connu ; dans les faits, l’écriture de Paul Rutman promet d’en tirer quelque chose de plus nuancé, d’autant que de nouveaux visages rejoignent le casting, dont Dustin Demri-Burns et Luca Pasqualino.
Enfin, la réalisation semble viser plus large. Si la première saison privilégiait un réalisme frontal, cette suite paraît accentuer une ambition plus cinématographique, avec une mise en scène annoncée comme plus nerveuse et une photographie toujours soignée, dans l’esprit de plusieurs productions Apple TV récentes.
En misant sur une tension accrue et une portée plus politique, Criminal Record cherche moins à “refaire” sa première saison qu’à pousser plus loin sa promesse initiale : raconter une enquête, oui, mais sans oublier ce qu’elle dit d’un pays, d’une institution et des choix humains qui la traversent.