Le sport est-il vraiment utile quand on cherche à perdre du poids ? La question divise les chercheurs depuis de nombreuses années.
Certains estiment que l’organisme possède un système de compensation qui entraîne automatiquement une diminution des autres dépenses énergétiques du corps (métabolisme basal par exemple) quand on dépense de l’énergie pour l’activité physique. En d’autres termes, faire du sport n’est pas très efficace pour perdre du poids puisque le corps compense les dépenses en faisant des économies d’énergie par ailleurs. C’est le modèle dit « contraint » ; il prédomine aujourd’hui dans le domaine de la recherche en nutrition humaine.
Compensation ou non compensation ?
D’autres scientifiques pensent que la dépense calorique liée à l’exercice physique n’est pas compensée par une diminution des autres dépenses énergétique et donc que le sport peut contribuer à la perte de poids. C’est le modèle dit « additif ».
Deux chercheurs du Department of Evolutionary Anthropology de la Duke University, à Durham, aux États-Unis, ont décidé d’apporter de nouveaux arguments au débat en comparant ces deux modèles aux données expérimentales. Ils ont analysé 14 essais cliniques impliquant au total 450 volontaires. Leurs résultats sont publiés dans Current Biology.
Leur constat : la dépense énergétique totale des personnes augmente en moyenne de seulement 30 % de ce qui était prévu sur la base de l’augmentation de l’activité physique. En d’autres termes, une personne qui brûle 200 kcal en faisant de l’exercice physique ne voit sa dépense énergétique totale n’augmenter finalement que de… 60 kcal.
Faire un régime en parallèle, une fausse bonne idée
Les auteurs notent cependant une subtilité. Chez les volontaires qui continuaient à manger normalement, la dépense énergétique augmentait davantage, en moyenne de 50 % au lieu des 30 % prévus. En revanche, chez ceux qui mangeaient moins, la dépense énergétique totale n’augmentait que très peu. « Elles font ces 200 kilocalories d’exercice par jour, mais cela ne se voit pas du tout », explique Herman Pontzer, un des deux auteurs, au New Scientist.
« Le véritable problème ici est que si vous associez l’exercice physique à un régime, votre corps se dit : ‟Très bien, alors je vais compenser davantage », poursuit le chercheur. C’est toujours bon pour la santé, mais pas pour la perte de poids. »
L’analyse montre en effet que le corps réagit aux dépenses énergétiques en diminuant le métabolisme de base au repos, notamment celui qui se produit au cours du sommeil. Les différents systèmes de l’organisme seraient donc modifiés après l’exercice, même si on ne sait pas précisément aujourd’hui par quels biais.

Les exercices de résistance entraînent une dépense globale d’énergie nettement plus importante que les exercices d’endurance aérobie. © Lightfield Studios, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Le type d’exercice a aussi son importance
Mais ce qui a le plus surpris les chercheurs, c’est que la dépense énergétique globale variait également selon le type d’exercice. Les données qu’ils ont analysées suggèrent en effet que la compensation ne se produit qu’avec les exercices réalisés en aérobie (type endurance comme la course à pied, la natation ou le vélo).
Avec la musculation ou l’entraînement de résistance (squats, pompes, burpees, etc.), la consommation d’énergie augmentait en effet plus que prévu. Par exemple, la dépense énergétique totale des personnes qui dépensaient 200 kilocalories supplémentaires en soulevant des poids augmentait de 250 kilocalories par jour, même si ces dépenses énergétiques supplémentaires englobent celles nécessaires pour réparer les fibres musculaires endommagées et développer les muscles.
« C’est vraiment une surprise pour moi, confie Herman Pontzer. Je trouve cela passionnant et cela met en évidence quelque chose que nous ne savions pas auparavant. » Le chercheur reconnaît cependant que les personnes qui ont fait de la musculation dans le cadre de ces études ont gagné en masse musculaire, mais n’ont pas perdu de graisse, ce qui prouve que les activités de résistance ne sont pas forcément un bon moyen de perdre du poids.
Des résultats qui doivent être confirmés
Si cette étude apporte un certain nombre de preuves que l’organisme exerce une compensation en réponse à l’exercice physique aérobie, ces résultats doivent être pris avec des pincettes. Il est en effet possible que l’exercice supplémentaire demandé aux volontaires pour les études ait remplacé d’autres formes d’exercice qu’ils avaient l’habitude de faire.