Transfert d’actifs
En coulisses, sous l’impulsion de Sébastien Desclée – qui avait été nommé fin 2025 CEO à titre intérimaire de Galler – les grandes manœuvres ont été très intenses ces quatre derniers mois pour sauver ce qui pouvait l’être de ce fleuron liégeois et donner naissance à ce « New Galler ». En janvier dernier, Galler avait, on s’en souvient, entamé pour une période de quatre mois une « procédure de réorganisation silencieuse ». Une course contre la montre était alors lancée pour réorganiser Galler, dans la discrétion et à l’abri des créanciers, et monter un projet de relance économiquement viable au départ du transfert de certains actifs.
Des médias au chocolat : Sébastien Desclée est le nouveau CEO de Galler
Si Galler peut se relancer aujourd’hui, c’est donc grâce à la procédure dite de « pre-pack », traduisez « préparation privée d’une faillite ». Contrairement à une procédure de réorganisation judiciaire (PRJ) classique qui vise la continuité de l’entreprise dans sa forme actuelle, cette procédure vise, elle, à une relance partielle des activités vers une nouvelle entité juridique au départ de l’entreprise mise en faillite. Ce transfert d’entreprise sous autorité judiciaire est possible depuis le 1er septembre 2023 dans le cadre de la réforme du droit de l’insolvabilité en Belgique.
La maison Dolfin entre dans le capital
C’est dans ce cadre que le nouveau Galler va donc voir le jour, permettant de sauvegarder une grande partie des emplois, d’assurer une continuité des activités et de préserver autant que possible les intérêts des créanciers. Précisons que ce vendredi le Tribunal de l’entreprise de Liège devrait, selon toute probabilité, cependant bien acter officiellement la faillite (cessation de paiements et ébranlement du crédit) de l’entité juridique Galler, mais dont l’onde de choc sociale et économique sera donc fortement atténuée par le plan de relance lancé parallèlement. Un projet de relance qui sera validé dans la foulée de cette décision du Tribunal et sous réserve d’éventuels recours ultérieurs de créanciers qui s’estimeraient lésés dans l’opération.
Si cette opération a été possible, c’est aussi grâce à l’engagement d’un certain nombre d’actionnaires privés et publics wallons. Le capital de la nouvelle société Galler sera ainsi désormais majoritairement entre les mains de la chocolaterie familiale Dolfin, basée à Nivelles. La nouvelle entité Galler pourra donc s’appuyer sur un partenaire opérationnel dans le secteur. Dans le tour de table, on retrouve aussi Wallonie Entreprendre, un groupe d’investisseurs privés et Sébastien Desclée lui-même, CEO de l’entreprise désormais à temps plein. « Ce consortium allie expertise chocolatière de premier plan, savoir-faire industriel agroalimentaire wallon, ancrage institutionnel régional et engagement managérial fort. Il entend offrir à la marque Galler les bases solides et complémentaires dont elle a besoin pour retrouver durablement sa place parmi les fleurons du chocolat belge », explique Galler dans un communiqué.
Le nouveau visage de Galler: « éthique et durable »
Exit donc les actionnaires qataris – des investisseurs proches de la famille royale du Qatar – dans ce nouveau Galler alors qu’ils détenaient un peu plus de 50 % des parts dans l’entreprise qui sera donc ce vendredi déclarée en faillite. C’est donc un retour aux sources pour la chocolaterie Galler, à nouveau entièrement noir-jaune-rouge dans son capital.
« Un avenir à la hauteur de son histoire »
« Galler est une marque qui a de l’âme. Grâce à la complémentarité de ses partenaires et à leur ancrage local, nous réunissons toutes les expertises pour lui offrir un avenir à la hauteur de son histoire », a expliqué Sébastien Desclée, cité dans le communiqué.
Dans son communiqué, le chocolatier précise que priorités immédiates porteront « sur la stabilisation opérationnelle, le renforcement des relations avec les partenaires commerciaux et la préservation d’une partie des emplois sur les sites de Vaux-sous Chèvremont et de Herstal ». « À moyen terme, le consortium ambitionne de réinscrire Galler dans une trajectoire de croissance rentable et durable, en capitalisant sur la force de la marque, le savoir-faire de ses équipes et la complémentarité des expertises réunies autour de la table », est-il encore expliqué.
Cette opération de sauvetage se traduira par un recentrage des activités de Galler sur la production de chocolat et la perte de 70 des 170 emplois actuels de l’entreprise. Un processus de franchisation de certaines boutiques sera également lancé, plusieurs magasins outlet seront fermés ainsi qu’un centre de production, un autre étant rapatrié vers le site de Vaux-sous-Chèvrement. Dans cette nouvelle configuration, la marque Galler espère bien en finir avec les années de galère. Depuis 2020, la chocolaterie a affronté de nombreux vents contraires : crise du Covid, inondation dans son atelier de production à Liège, crise énergétique, envolée des cours du cacao… Au point d’accumuler, selon nos confrères de L’Echo, à fin 2024 des pertes supérieures à 5 millions d’euros.