Pour les organisations de travailleurs, l’Arizona applique la stratégie du « starve the beast » (affamer la bête), chère aux conservateurs américains, qui consiste à baisser les impôts de façon à priver l’État de ses revenus et ainsi le forcer à procéder à des coupes budgétaires.

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Selon eux, dans le budget 2026, « les économies servent avant tout à financer le manque organisé de recettes » et « la baisse des recettes publiques résulte d’une politique fiscale et parafiscale irresponsable. » Et « inéquitable » : « les revenus du travail sont taxés de manière disproportionnée tandis que les revenus du capital sont moins lourdement taxés. »

Un tabou levé

Ce jeudi, la CSC, la FGTB et la CGSLB avancent, dès lors, « un ensemble de mesures budgétaires qui créent les marges nécessaires pour refinancer les dépenses sociales, garantir des services publics de qualité et supprimer les mesures antisociales. » Mises bout à bout, ces mesures pèsent près de 21,2 milliards d’euros. Pas de quoi combler le déficit fédéral mais « c’est un premier pas et la levée d’un tabou », commente la CSC. Et cela ferait repasser le déficit sous les fameux 3 % du PIB autorisés par l’Europe, appuie la FGTB.

Accusant le gouvernement De Wever de « manquer d’ambition en termes de recettes fiscales », les syndicats demandent au Parlement de prendre l’initiative. Ils annoncent le dépôt d’une pétition à la Chambre. « Si celle-ci atteint 25 000 signatures, prévient le front commun, le Parlement sera tenu de nous écouter. »

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Ces alternatives reposent sur quatre principes : chaque euro gagné est traité de la même manière (afin de faire glisser la charge fiscale du travail vers le capital) ; taxer plus équitablement les exceptions parafiscales et les statuts alternatifs ; limiter, contrôler et évaluer les subventions accordées aux entreprises et les dépenses fiscales et, enfin, une liberté accrue dans la formation des salaires.

Globalisation des revenus

La mesure qui pèse le plus lourd (12,9 milliards d’euros selon les syndicats, qui citent le Bureau du Plan), c’est la globalisation de l’ensemble des revenus dans l’impôt des personnes physiques. « En intégrant dans la base imposable de l’impôt des personnes physiques tous les revenus du patrimoine financier et immobilier ainsi que les revenus du travail, la fiscalité devient plus simple, plus transparente et plus juste. Un euro est un euro », résument les syndicats, qui rappellent que l’OCDE a appelé la Belgique à avancer dans cette direction.

Les syndicats suggèrent ensuite de « combler les brèches dans les recettes publiques » : supprimer le taux réduit et limiter les régimes d’exceptions dans les sociétés de management (526 millions) ; instaurer des cotisations sociales équitables sur les flexi-jobs (380 millions), le travail étudiant (750 millions) et les rémunérations alternatives (voiture de société… : 756 millions) ; limiter les subventions salariales (890 millions) ; limiter les réductions sur l’impôt des sociétés (2,55 milliards) ; limiter les réductions de cotisations patronales (620 millions) ; supprimer le plafond de cotisations sociales pour les indépendants (700 millions) ; instaurer un prix équitable pour tous les médicaments (237 millions) ; et prolonger la période de salaire garanti en cas de maladie (575 millions).

Liberté de négocier les salaires

À cela, les syndicats ajoutent la libre fixation des salaires grâce à une réforme de la loi de 1996 afin que les salaires augmentent au rythme de l’inflation et la productivité (ce qui rapporterait 360 millions d’euros à l’État, selon les calculs syndicaux). Cette proposition ne signifie toutefois pas la fin de l’indexation automatique des salaires. « Pas du tout, tranche la FGTB. Il s’agit de revenir à la loi de 96 dans sa version initiale et de la libérer du carcan mis en place par le gouvernement Michel. »

Quant à l’impact négatif que pourraient avoir ces mesures sur la rentabilité des entreprises et, à terme, l’emploi, la CSC rétorque : « Les mesures que nous prônons visent à la modération de subsides à l’emploi qui génèrent d’assez vastes effets d’aubaine. Ils ne sont pas mis à profit pour opérer une transition vers de l’emploi durable et de qualité alors que cela avait été leur finalité annoncée au moment de leur création. Il est temps que l’efficacité de ces mesures, voire leur adaptation, puissent être discutées. »