En situation délicate, la Russie menace l’Europe et commet un massacre en Ukraine : « Un nouvel acte de terreur délibéré contre la population civile »

Depuis ces échanges, Washington a coupé 99 % du soutien américain apporté à Kiev. La totalité de l’armement livré à l’Ukraine est financée par ses alliés via le mécanisme PURL (Prioritized Ukraine Requirements List) de l’Otan, tandis que les États-Unis préservent en partie leur armement stratégique. Pour JD Vance, c’est un grand motif de satisfaction. « L’une des choses dont je suis le plus fier dans cette Administration, c’est d’avoir dit à l’Europe que si elle veut acheter des armes, elle le peut, mais que les États-Unis n’achètent plus d’armes pour les envoyer à l’Ukraine » se réjouissait-il mercredi dernier.

Quelques jours plus tôt, frustré par le blocage du détroit d’Ormuz et les refus européens d’intervenir, le président américain Donald Trump allait un cran plus loin en menaçant les Européens de cesser purement et simplement de leur vendre des armes américaines à destination de l’Ukraine, s’ils ne se pliaient pas à ses desiderata.

Les stocks stratégiques américains à moitié vides

Le président ne s’est pas (encore) exécuté, mais il ne cesse depuis d’invectiver une Europe « lâche » et une Alliance atlantique « inutile ». Alors que les stocks d’armement commencent sérieusement à inquiéter outre-Atlantique, le risque de voir la porte américaine se refermer apparaît donc de plus en plus crédible.

« Pourquoi les Européens interviendraient-ils pour rattraper une erreur stratégique colossale de Washington ? »

Selon une étude publiée mercredi soir par le centre de réflexion Center for Strategic and International Studies (CSIS), l’armée américaine a considérablement puisé dans ses stocks de missiles stratégiques depuis le lancement des frappes contre l’Iran le 28 février dernier, et court un risque jugé réel de manquer de munitions à moyen terme si d’autres conflits contre des acteurs majeurs devaient émerger.

Durant les 39 jours d’affrontement jusqu’au cessez-le-feu imposé par l’Administration Trump le 8 avril, Washington a en effet utilisé au moins 45 % de ses réserves de missiles de précision, dont 50 % de ses missiles Thaad, 50 % de ses systèmes Patriot, 30 % de ses Tomahawks et 20 % de ses JASSM. « Les États-Unis ont suffisamment de missiles pour mener à terme cette guerre en Iran selon les scénarios les plus probables », indiquent les chercheurs du CSIS. « Mais il y a de réels risques concernant les futures guerres » car « reconstituer les stocks pour ces munitions prendra entre un et quatre ans ».

Bien que renforcées, les lignes de production ne sont pas conçues pour répondre à une situation multiconflictuelle. Et même si les stocks étaient intégralement reconstitués assure le CSIS, ils resteraient « critiques pour affronter un ennemi compétitif dans un conflit potentiel dans le Pacifique » – à savoir la Chine.

Un soutien « fondamental » pour l’Ukraine

« J’espère que les États-Unis ne cesseront pas de nous fournir des systèmes critiques » insistait jeudi dernier le président ukrainien Volodymyr Zelensky, conscient du danger pour les siens. « Pour nous, c’est fondamental ». Comme le rappelait encore la semaine dernière le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, l’Ukraine a subi 2000 attaques de missiles en 2025, dont 900 tirs d’engins balistiques, nécessitant deux à trois projectiles de Patriot pour contrer chacun d’entre eux. Or 75 % des missiles des systèmes Patriot utilisés en Ukraine ont été achetés aux États-Unis, selon les chiffres du Washington Post.

« L’Ukraine et par extension l’Europe sont dépendants à un point critique des Patriot américains et des munitions qui vont avec, confirme Rafael Loss, expert en défense et sécurité au European Council on Foreign Relations (ECFR). La défense antiaérienne ukrainienne connaît un déficit chronique depuis le début de la guerre, mais aujourd’hui ce déficit est sévère. C’est, entre autres, ce qui explique que Volodymyr Zelensky ait très rapidement proposé aux pays du Golfe touchés par la guerre avec l’Iran de leur échanger des drones contre leurs propres batteries de Patriot, sans que cela se concrétise jusqu’à présent. »

En Iran, « la capacité de dissuasion des États-Unis est quand même sérieusement remise en cause »

« Les Européens investissent davantage dans la défense antiaérienne, poursuit le chercheur de l’ECFR. Notamment dans le système SAMP/T franco-italien. L’Allemagne a également commencé à produire des Patriot chez elle, mais le développement de l’industrie européenne est lent et graduel. Si les États-Unis devaient suspendre leurs livraisons de Patriots avec effet immédiat, l’Ukraine n’aurait tout simplement plus les moyens de se défendre contre les attaques de missiles balistiques russes. Le taux d’interception des missiles Iskander s’écroulerait, et les sites énergétiques, comme les civils, seraient beaucoup plus exposés qu’ils ne le sont déjà aujourd’hui. »

Même constat de dépendance, selon lui pour les lance-roquettes Himars et les missiles de longue portée ATACMS que « seuls les États-Unis sont en mesure de fournir ».

Le bon bulletin du renseignement européen

Sur une note plus positive, Kiev vient depuis peu de prendre l’ascendant aérien sur Moscou en termes de drones, bien aidé par ses partenaires européens. Les forces ukrainiennes ont désormais la capacité de frapper lourdement et en profondeur les sites stratégiques russes, mais demeurent extrêmement vulnérables en matière de défense aérienne.

Or, Moscou produit désormais environ 60 missiles Iskander par jour et ne cesse d’accroître ses capacités de lancement, comme le rappelait cette semaine le chef adjoint du renseignement militaire ukrainien (HUR) Vadym Skibitsky dans le Financial Times. Les choses s’améliorent également en ce qui concerne les obus, pourtant touchés par une pénurie en 2023. « C’est même le seul domaine dans lequel les Européens ont agi rapidement et à grande échelle, commente Rafael Loss. À tel point que la production européenne dépasse désormais celle des États-Unis. »

Comment l’Ukraine a-t-elle fait pour s’imposer dans les airs? « La technologie s’est adaptée à la réalité de la guerre »

Sur le plan du renseignement militaire, enfin, la situation demeure nuancée. « Il faut distinguer deux types de renseignement, insiste l’expert en défense et sécurité de l’ECFR. Les Européens ont fortement développé leur capacité à obtenir du renseignement stratégique, notamment pour repérer des mouvements de troupes suspects. Même sans les satellites américains, ils sont capables d’avoir une bonne idée de ce qui se passe. En ce qui concerne le renseignement opérationnel, qui permet par exemple d’identifier et de frapper des cibles avec précision, l’Ukraine et ses partenaires ont fortement progressé. Mais les États-Unis disposent d’une présente satellitaire capable de fournir une imagerie en permanence et donc de réagir instantanément. Ce n’est pas le cas de l’Europe. S’il vous faut 20 minutes pour identifier avec précision un site de lancement russe et le frapper, vous perdez évidemment un temps précieux. »

Ici, pas de risque de pénurie, « mais on a déjà vu la Maison-Blanche couper brièvement l’accès au renseignement américain pour faire pression sur Kiev l’année dernière »…