La bonne nouvelle — relative — c’est que ce chiffre est en retrait par rapport au record absolu de 2024, qui avait vu disparaître 136.000 raccordements en une seule année. Pour la première fois depuis plusieurs années, la saignée ne s’aggrave pas. Ce qui ne ve veut pas dire que l’hémorragie n’est pas pour autant massive.

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C’est que la tendance longue, si on dézoome, ne trompe pas : depuis 2018, le marché de la télévision digitale a perdu près d’11 % de ses raccordements. En sept ans, ce sont près de 600.000 foyers belges qui ont tourné le dos à leur abonnement télé traditionnel, que ce soit auprès de Proximus Pickx, Voo-Orange, Telenet, Scarlet et les autres.

Le nombre de Belges qui ont coupé leur raccordement à la télédistribution depuis 2018 et jusqu'à fin 2025.Le nombre de Belges qui ont coupé leur raccordement à la télédistribution depuis 2018 et jusqu'à fin 2025.Le nombre de Belges qui ont coupé leur raccordement à la télédistribution depuis 2018 et jusqu’à fin 2025. ©IPM GraphicsBruxelles saigne plus que les autres

La carte du déclin n’est pas uniforme. Si la Flandre et la Wallonie souffrent toutes deux, c’est Bruxelles qui enregistre les chutes les plus sévères. Fin 2025, la capitale ne comptait plus que 269.987 raccordements actifs, contre 340.320 en 2020 — soit une perte de près de 20 % en 5 ans à peine. C’est le double de la moyenne nationale.

Sur la même période de 5 ans, entre 2020 et 2025, la Wallonie a perdu 9 % de ses abonnés (passant d’ 1.364.718 câblés à 1.241.270). La Flandre, où l’opérateur télé dominant reste de loin Telenet (avec une part de marché dans la fourchette des 60 %), on dénombre 11 % de souscriptions à la télédistribution de moins (glissant de 2.651.048 à 2.341.574 abonnés).

Même si elle souffre et plie, la télédistribution ne rompt pas : elle trône, toujours, dans 70 % de nos salons.

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Pourquoi cette hémorragie ? Les raisons sont multiples et se percutent. La première est structurelle et générationnelle : les jeunes adultes, pour la plupart, ne souscrivent tout simplement jamais à un abonnement télé classique. Ils grandissent avec Netflix, YouTube, Disney +, Auvio ou RTL Play. Pas avec un décodeur. Ils sont les « cord never », contrairement à ceux qui suppriment la télédistribution qu’ils ont longtemps considérée comme indispensable, qu’on qualifie plutôt de « cord cutters ».

Mais le phénomène touche aussi des tranches d’âge plus larges. L’essor de l’IPTV illégale, qui a conquis 600 000 Belges au bas mot, n’y est pas pour rien. Pour une fraction du prix d’un abonnement télécom classique, ces services proposent des centaines de chaînes, des bouquets sportifs complets, des films et séries en flux continu, en 4K HDR ! Le tout sans engagement, mais de manière totalement illicite, mettant en péril la viabilité économique de tout un modèle audiovisuel…

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Le dossier DAZN et les droits du football belge a également pesé dans la balance en 2025. Quand le sport — et en particulier le football — migre vers des plateformes séparées, payantes en plus de l’abonnement de base, la question du maintien du pack télé traditionnel se pose de manière encore plus aiguë.

L’IBPT le confirme : « Le grand public consomme moins de télé classique, au profit des services de streaming ou vidéos, payants ou gratuits », résume Jimmy Smedts, porte-parole. L’institution cite notamment la flexibilité horaire, la richesse des catalogues, la mobilité — on streame sur son téléphone —, et le coût. « Un abonnement Internet simple, sans composante TV, suffit désormais pour satisfaire des besoins qui n’auraient pu l’être sans acheter aussi la composante télé il y a dix ou quinze ans. » C’est la raison qui fait du pack dual play (Internet + Mobile) une solution de plus en plus plébiscitée par les Belges, au Royaume du pack triple ou quadruple play…

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Face à cette érosion structurelle, la stratégie des grands opérateurs (Proximus, Telenet/Base, Orange/VOO) a été, vos portefeuilles l’ont bien senti, d’augmenter régulièrement leurs tarifs. Moins d’abonnés, mais une dépense moyenne par abonné en hausse : le prix moyen d’un service de télé digitale était de 15,80 € en 2014. Et de 20,70 € en 2024…

Et ça fonctionne, en partie : les revenus totaux de la télévision sont passés de 1,05 milliard d’euros en 2014 à 1,2 milliard en 2024. Un marché qui rétrécit en volume, mais qui résiste donc en valeur — du moins pour l’instant.

La télé de papa plie, mais ne rompt pas

Reste la grande question : ce léger ralentissement observé en 2025 est-il le signe d’un plancher qui se dessine, ou simplement une pause dans une chute qui reprendra de plus belle ? Les professionnels du secteur sont partagés. D’un côté, il reste près de 3,9 millions de foyers abonnés — un socle encore très large, composé en majorité de personnes de plus de 45 ans, attachées à leurs habitudes et à leurs chaînes. De l’autre, cette base vieillit, et les nouvelles générations ne viennent pas la renouveler.

Condamnée, alors, la télé de papa ? « Je ne crois pas, indiquait à La DH Louis Wiart, professeur en communication à l’ULB et spécialiste des plates-formes culturelles. En 2021, 37 % des Belges ne regardaient que la télé, et 21 % ne consommaient que de la SVOD. Ce qui signifie que la majorité de la population fait encore… les deux. De plus, ce ne sont pas deux mondes qui s’opposent aussi frontalement qu’avant, mais tendent parfois à se confondre. N’oublions pas, surtout, que dans notre population qui fait face au vieillissement, les seniors sont peu présents sur les plateformes, et à 90 % consommateurs de télé linéaire, via le décodeur. Donc condamnée, la télé ? Non. Mais menacée à moyen terme, peut-être… »

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Ce que les chiffres de l’IBPT dessinent, c’est moins l’effondrement brutal d’un marché que sa lente transformation. La télévision classique ne disparaît pas du jour au lendemain. Elle se rétrécit, progressivement. Et les 116.000 abonnés perdus en 2025 — soit plus qu’une ville comme Namur — rappellent que cette transformation est bien réelle, mesurable, et probablement irréversible.