Son touchant deuxième long métrage de fiction a d’abord séduit le jury du récent Festival de Berlin, avant de prendre l’affiche ici. Il y a remporté le très mérité Ours d’argent du scénario.

À cet endroit, le très beau Une colonie, librement inspiré de sa jeunesse, avait, lui, obtenu celui du meilleur film de la section Génération Kplus en 2019.

Cette fois, la réalisatrice québécoise a adopté une certaine distance et oppose au récit initiatique du premier un retour aux origines – tout en maintenant un lien très fort avec l’enfance.

Mihaïl (formidable Galin Stoev) revient en Bulgarie après un exil de 28 ans pour enquêter sur des toiles peintes par une prodige de 8 ans.

Elle met en scène Mihaïl (formidable Galin Stoev), un sexagénaire ayant quitté la Bulgarie il y a 28 ans avec sa fille Roza (Michelle Tzontchev). Celle-ci, mère d’un petit garçon, cherche à renouer avec ses racines, au grand dam de son père.

À corps défendant, l’expert en art contemporain acceptera tout de même de retourner dans son pays d’origine pour authentifier des toiles devenues virales sur les réseaux sociaux, peintures qu’aurait produites une prodige de huit ans, Nina (les jumelles Sofia et Ekaterina Stanina). Ce qui veut également dire se confronter à ses fantômes et son passé qu’on devine tumultueux.

Double et jeux de miroirs

Le titre renvoie explicitement dos à dos Nina et Roza. Le thème du double, et ses jeux de miroirs, s’inscrit au cœur de cette œuvre délicate qui explore comment notre identité se forge dès les premières années, mais aussi au gré de nos décisions, dont celle qui mène à l’exil.

Mihaïl s’y révèle d’autant sensible que la mère de Nina veut la déménager en Italie pour faire fortune – la petite s’y oppose farouchement.

Ce qui pose l’épineuse question de l’exploitation de l’enfance…

Il y a du Kusturica dans ce film...

Il y a du Kusturica dans ce film, ce même esprit qui, parfois, flirte avec le réalisme magique (je pense Au temps des gitans, bien sûr, mais aussi à Chat noir, chat blanc), en aspirant à une certaine poésie dans les images. Un long métrage parsemé de traits mélancoliques, d’ailleurs.

Venant du documentaire, Geneviève Dulude-De Celles a le sens du détail et porte un soin particulier aux magnifiques paysages de la campagne bulgare, magnifié par la très belle direction photo d’Alexandre Nour Desjardins.

Quelques plans-séquences, dont celui qui ouvre Nina Roza, mettent en évidence sa maîtrise de la mise en scène – contrairement à d’autres, la cinéaste ne succombe pas à la tentation de l’esbroufe. Les mouvements de caméra se distinguent d’ailleurs autant par le fait qu’ils ne sont jamais gratuits que par leur fluidité.

En nous conviant à la quête de Mihaïl, Geneviève Dulude-De Celles livre un long métrage qui incarne l’essence même du cinéma.

Ces dernières années, nous avons beaucoup, et avec raison, braqué les projecteurs sur Vallée, Villeneuve, Dolan (et d’autres). Mais il y a aussi Chokri, Deraspe, Robichaud (et d’autres). Avec Nina Roza, Geneviève Dulude-De Celles confirme qu’on peut associer son nom à ceux-ci et à celles-ci au palmarès des meilleurs cinéastes québécois.

Vous aurez compris que j’ai été ébloui.

Nina Roza est présenté au cinéma.

Au génériqueCote: 8/10Titre: Nina RozaGenre: DrameRéalisation: Geneviève Dulude-De CellesDistribution: Galin Stoev, Sofia et Ekaterina Stanina, Christian BéginDurée: 1 h 43