« Selon les renseignements, la construction de routes en direction du territoire ukrainien et l’aménagement de positions d’artillerie sont en cours dans les zones frontalières biélorusses. Nous pensons que la Russie pourrait tenter une nouvelle fois d’entraîner la Biélorussie dans sa guerre », estime Volodymyr Zelensky.

Augmentation des effectifs

Au développement de ces infrastructures s’ajoute la volonté affichée par Alexandre Loukachenko d’accroître spectaculairement les effectifs de son armée, qui passerait d’environ 60 000 soldats à un total de « 500 000 personnes en cas de conflit. Nous nous préparons à la guerre. Nous ne pouvons pas parler de véritable temps de paix », se défend le président biélorusse.

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Un objectif qui semble beaucoup trop ambitieux aux yeux d’Anaïs Marin, experte de la Biélorussie associée à l’Institut Chatham House. « Je ne vois pas où il irait les trouver. Même en allant chercher jusqu’aux derniers alcooliques à la retraite, on arrive à peine à 100 000 hommes pour la réserve actuelle. En outre, développer la pensée stratégique, la préparation et les financements pour avoir une vraie armée territoriale ne se décide pas du jour au lendemain. Cela a un coût et ça prend également du temps. Donc je pense qu’au mieux, on arriverait à un effectif de 150 000 », estime-t-elle. Et de préciser qu’un grand nombre de jeunes — « entre un demi-million et un million » — ont fui le pays depuis l’important mouvement de contestation survenu lors de la réélection d’Alexandre Loukachenko en 2020. « Ils composaient les forces vives de la nation. Mais ils ne sont pas des loyaux au régime », souligne l’experte.

Pour Anaïs Marin, les déclarations de Loukachenko ne sont que du « bluff » et ont pour but de « faire peur aux Occidentaux et ainsi satisfaire le patron russe (Vladimir Poutine, NdlR) en réitérant sa loyauté et sa disponibilité ». En cas de conflit ouvert entre Kiev et Minsk, complète-t-elle, « l’Ukraine ne tarderait pas à considérer comme légitime de s’attaquer aux installations militaires biélorusses. Et là, il n’en resterait pas grand-chose, très vite ».

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En outre, maintenir en veille « un grand nombre de forces militaires peut s’avérer coûteux et inefficace », selon Denis Cenusa, expert associé au Centre d’études sur la géopolitique et la sécurité (Lituanie). « Les guerres interétatiques auxquelles la Biélorussie pourrait être confrontée ne ressembleront pas à des occupations territoriales comme celle de la Russie en Ukraine. Une grande armée serait surtout utile pour militariser l’État et dissuader les voisins occidentaux plus petits. »

Des intimidations réciproques

Volodymyr Zelensky a également interpellé son rival avec une menace à peine voilée, faisant référence aux « récents événements au Venezuela [qui] devraient servir d’avertissement aux dirigeants biélorusses contre toute erreur de jugement ». Loin de se montrer impressionné, Alexandre Loukachenko a assuré qu’en cas de menace existentielle, Minsk usera de « tous les moyens à sa disposition » pour se défendre avec l’aide de Moscou. « Ma tâche est d’avertir mes voisins : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, peut-être dans une certaine mesure l’Ukraine. Que Dieu les garde d’une agression contre la Biélorussie », a-t-il lancé sur la chaîne d’État Russia Today le 20 avril dernier.

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Mais la possibilité d’un scénario « à la vénézuélienne » semble peu probable pour Denis Cenusa. « Alexandre Loukachenko entretient des relations très positives avec l’Administration Trump, ce qui a notamment conduit à la levée de certaines sanctions visant la compagnie aérienne nationale Belavia et des sociétés de production d’engrais. Il n’existe aucun scénario réaliste dans lequel les États-Unis organiseraient une opération comme celle évoquée dans le cas de Nicolás Maduro pour extraire Alexandre Loukachenko. Donald Trump n’a pas d’intérêt stratégique en Biélorussie et, à l’heure actuelle, ses relations avec Alexandre Loukachenko sont meilleures qu’avec Volodymyr Zelensky. »