Installée à Paris où elle évolue, depuis plus de vingt-cinq ans, dans le milieu du design et de l’architecture d’intérieur, ainsi que dans la programmation et la coordination de projets artistiques, Pauline Lévêque est restée très attachée à ses racines aveyronnaises, elle dont la famille est implantée du côté de Pradinas, depuis plusieurs générations.

« Je voulais diriger un théâtre. J’étais intéressée par la mise en scène, le cinéma, aussi. » Si Pauline Lévêque n’a pas réalisé son rêve de jeunesse, elle évolue cependant dans le milieu de l’art, depuis plus de vingt-cinq ans, elle qui est aujourd’hui directrice artistique et conseil stratégique en architecture d’intérieur et design.

Pauline Lévêque.

Pauline Lévêque.
Reproduction L’Aveyronnais

Née à Paris en décembre 1978 où elle passe son bac littéraire, elle poursuit par une maîtrise de lettres modernes avant un master 2 lettres, arts et politiques culturelles, tout en prenant des cours de théâtre à l’école de Chaillot. Car la jeune femme, aux racines familiales ancrées du côté de Pradinas, a toujours cultivé son goût pour l’art et la culture, au point de se former à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (Ensad), sans renier jamais son côté littéraire. « J’adore le texte, j’ai besoin de ce côté intello, dit-elle. Mon travail passe par les mots. »

Depuis 2021, Pauline Lévêque s’occupe de la décoration intérieure et du design des établissements du groupe Alfred Hôtels.

Depuis 2021, Pauline Lévêque s’occupe de la décoration intérieure et du design des établissements du groupe Alfred Hôtels.
Reproduction L’Aveyronnais

C’est elle, d’ailleurs, qui, en plus de concevoir la décoration des hôtels Alfred, codirigés par son cousin Boris Roques Rogery et meublé par son frère Félix Lévêque, de l’atelier Veneer, a écrit les textes du site internet du groupe hôtelier.

Dominique Baudis sur un skate board

D’ailleurs, « je lis beaucoup pour m’imprégner avant d’aborder un territoire », avoue-t-elle. Comme à Toulouse, dernier établissement Alfred, ouvert à deux pas de la place Wilson et qui sera inauguré le 11 juin prochain, pour lequel elle est allée puiser dans les archives locales, jusqu’à dénicher, par exemple, un cliché de Dominique Baudis, alors maire de la ville, sur un skate board, dans les années 1980. « J’essaie aussi d’intégrer le matériau local, comme la brique ou la terre cuite », qui ont donné son nom à la ville rose.

« Avec le premier hôtel du groupe, à Compiègne, avec Félix, on a mis au point une charte. Nous partageons une communauté de goûts et de valeurs très fortes. C’est ce qui m’a plu avec Alfred, rendre les choses un peu plus vertueuses, les faire autrement. »

Mais avant cette collaboration, lancée en 2021, Pauline Lévêque s’est investie, depuis près de 25 ans, dans divers projets culturels, participant à la programmation et à la coordination générale de la biennale des arts numériques et des musiques électroniques à la Villette, de 2001 à 2002, ou participant à la mise en place de la Nuit blanche, une manifestation annuelle qui permet de découvrir l’art contemporain, à Paris, en 2003. Elle poursuit avec des missions à la Gaieté lyrique avant de retrouver la Villette.

Et c’est en 2005 qu’elle se penche sur le conseil en mécénat. Quelle économie pour l’art ?, s’interroge-t-elle. Quels rapports entre mécénat privé et institutions culturelles ? « Création et gestion doivent fonctionner ensemble, dit la jeune femme. Il est important de comprendre les enjeux et de donner du sens à des projets économiques » à travers l’art.

L’année 2010 marquera sa participation à l’exposition universelle de Shanghai, en Chine.

Le coup de poker de l’expo universelle de Shanghai

« On avait remporté l’appel d’offres, l’année précédente, pour réaliser la scénographie du pavillon français. On a travaillé avec des architectes et les institutions pour penser tout le parcours intérieur des visiteurs, se souvient-elle. L’essentiel de la scénographie était composé de vidéos. » Pour la jeune directrice artistique, alors associée à un producteur, c’est « un vrai coup de poker ».

Le pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai, en 2010.

Le pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai, en 2010.
Reproduction L’Aveyronnais

Et une expérience marquante. « C’était dingue ! La Chine, ça a été un vrai choc ! ». Et dans ce contexte exceptionnel de l’exposition universelle, elle s’interroge : comment produire plus et mieux, de façon plus durable sans forcément tomber dans la caricature du Made in France ? « Ça a guidé la suite de mon parcours », affirme-t-elle.

La parenthèse chinoise refermée, elle poursuit sa carrière dans la direction artistique « pour des marques de luxe, avec un designer pour développer des lignes d’objets, pour le cinéma… ». D’abord six mois au Brésil avec une bourse de la Grande halle de la Villette pour un film sur les révolutions culturelles. « Puis j’ai monté des expos et créé deux galeries itinérantes avec deux amies, notamment à New York, dans la salle de boxe où a été tourné Raging Bull. On développait un réseau de jeunes collectionneurs qu’on mettait en relation avec des artistes. » Six années et demie à développer et créer des projets variés autour de l’art, de l’artisanat, du cinéma et du mécénat, entre Paris et New York, Barcelone et Beyrouth…

Avant de rencontrer un homme d’affaires à la tête d’un fonds d’investissement à l’origine d’un « business vertueux » avec lequel elle montera La Maison de commerce, « une référence pour l’artisanat européen à Paris », assure Pauline Lévêque, mettant en valeur et commercialisant des produits réalisés par des artisans en prônant « les ressources locales, le respect des matériaux, la pédagogie, la simplicité et la beauté au quotidien ».

L’artisanat aveyronnais mis en valeur par La Maison de commerce.

L’artisanat aveyronnais mis en valeur par La Maison de commerce.
Reproduction L’Aveyronnais

Une aventure « d’intérêt général » qu’elle quitte après un peu plus de trois années, pour entamer sa collaboration avec Alfred Hôtels et avec l’entreprise de décoration d’intérieur et de mobilier Sandra Benhamou. Deux établissements auprès desquels elle dispense ses compétences en architecture d’intérieur et en design.

Le bonheur, en Aveyron

Installée à Paris, la directrice artistique est maman du petit Orso, âgé de six ans, avec lequel elle aime partager son amour pour l’Aveyron. « Ça me procure une joie profonde de voir nos enfants marcher sur les sentiers que je connais par cœur… » Et de se souvenir « d’un grand moment de bonheur » lors d’un pique-nique en famille, il y a deux ans, autour de la grange qu’elle souhaite restaurer. Un projet qui « aurait du sens ». « Ça n’est pas uniquement par rapport à la famille, c’est beaucoup lié à la terre, celle qu’on a aimée dès notre enfance » Et au rapport au temps, aux autres… Ces familles, ces personnalités qui font aussi le caractère de ce petit coin d’Aveyron autour de Pradinas.

Orso, le fils de Pauline Lévêque, en Aveyron sur les terres familiales.

Orso, le fils de Pauline Lévêque, en Aveyron sur les terres familiales.
Reproduction L’Aveyronnais

« Des valeurs, une authenticité, dit Pauline Lévêque. Des réalités avec lesquelles on ne peut pas mentir. »

Et un « sentiment d’appartenance » qui la lie à ce territoire unique.