l’essentiel
Pendant le confinement, il était en première ligne dans l’un des quartiers les plus populaires d’Albi. Le médecin généraliste Jean Doubovetzky publie aujourd’hui le récit brut et humain de cette période hors norme, entre débrouille, détresse sociale et élans de solidarité.

Il a choisi d’écrire pour ne pas oublier. Médecin généraliste à Cantepau, quartier populaire d’Albi, Jean Doubovetzky revient aujourd’hui sur les mois les plus éprouvants de sa carrière. Son livre, *Covid-19, humain contre virus*, est né d’un besoin urgent : témoigner.

« Ce livre est un survivant », glisse-t-il avec un sourire. Initialement porté par un éditeur, le projet a failli ne jamais voir le jour après la fermeture de la maison d’édition. « Il m’a fallu dix-huit mois pour récupérer mes droits. » Il décide finalement de publier à compte d’auteur.

Mais au-delà des obstacles éditoriaux, c’est bien le quotidien du terrain qu’il raconte. Dans sa maison de santé, il a fallu improviser face à l’urgence sanitaire. « C’était la débrouille complète. » Faute de prestataires disponibles, les médecins bricolent eux-mêmes des protections en plexiglas, avec l’aide de contacts chez Airbus.

Dans la salle d’attente, un siège sur deux est condamné. Les règles sont strictes, parfois difficiles à faire respecter. « Une mère s’est mise à hurler parce que ses enfants ne pouvaient pas jouer. » Mais pour le praticien, la réalité du confinement se joue surtout ailleurs.

« On ne vit pas un confinement de la même manière selon qu’on a un jardin ou qu’on est six dans un appartement prévu pour quatre. » À Cantepau, les tensions montent vite. Les enfants enfermés s’agitent, les fragilités psychologiques s’accentuent. « Certains finissaient par se retourner contre leurs proches. »

« Beaucoup se sont repliés sur eux-mêmes »

L’isolement pèse, tout comme les contraintes du quotidien. Il se souvient de cette mère seule, obligée de trouver chaque jour une solution pour faire garder l’un de ses enfants afin de pouvoir faire les courses. Ou de ces personnes âgées qui n’osaient plus sortir. « Certaines n’allaient même plus chercher leurs médicaments, par peur de l’amende. »

La crise révèle aussi des situations inattendues. Une femme, sans carte bancaire, se retrouve bloquée face à des commerçants refusant les paiements en espèces. « Elle devait demander à quelqu’un de payer pour elle. »

Dans ce contexte tendu, le médecin souligne aussi les élans de solidarité, notamment l’action de la Croix-Rouge et les aides informelles entre voisins.

Avec le recul, Jean Doubovetzky garde pourtant une amertume. « On pensait que cette épreuve rapprocherait les gens. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : beaucoup se sont repliés sur eux-mêmes. »

Un constat lucide, né d’une expérience au plus près des habitants, dans un quartier où la crise sanitaire a aussi été une crise sociale.