INTERVIEW. – Dans la comédie romantique Pour le plaisir, avec François Cluzet, l’actrice met le doigt sur un sujet encore tabou.
En 2014, l’Allemand Michael Lenke révolutionne le plaisir féminin en concevant l’un des vibromasseurs les plus vendus au monde : le Womanizer. Sa femme, Brigitte, 57 ans, teste les prototypes jusqu’à la création finale. Le carton est immédiat. Cette success story, qui a fait le tour du monde, a inspiré un quatrième long-métrage à la réalisatrice Reem Kherici après Paris à tout prix, Jour J, Chien & Chat. Dans Pour le plaisir, Alexandra Lamy et François Cluzet interprètent un couple solide qui se lance dans la fabrication d’un sextoy pour que madame atteigne l’extase qu’elle n’a jamais connue. Un moyen pour eux de consolider leur complicité et la confiance qui les unit. L’actrice la plus populaire et solaire du cinéma français nous parle de ce feel-good movie qui transgresse les tabous.
Madame Figaro. – Connaissiez-vous l’histoire du Womanizer ?
Alexandra Lamy. – J’avais entendu parler de l’objet sans connaître les détails de sa fabrication. Reem s’inspire librement de cette histoire pour briser le tabou qui persiste sur le plaisir féminin. Il s’agit pourtant d’un enjeu réel dans une vie de couple… L’intelligence de Reem est de briser le silence dans une comédie romantique, genre qu’elle renouvelle en s’appuyant sur un couple établi et solide. Un duo d’autant plus fort que cette femme et son mari essaient de trouver ensemble un chemin pour qu’elle s’épanouisse. Ce qui se raconte à travers eux, c’est l’importance que les hommes soient nos alliés pour que la parole se libère et que nous puissions pleinement nous accomplir. Je trouvais aussi intéressant de se concentrer sur une femme de 50 ans, de souligner ainsi qu’on peut être désirable ou désirante à tous les âges.
Je me souviens d’une scène à mes débuts : j’étais dans un lit, sans soutien-gorge, et quand l’acteur est sorti, il n’a pas fait attention, a tiré le drap, et je me suis retrouvée topless devant l’équipe…
Alexandra Lamy
La sexualité des femmes a longtemps été uniquement associée à la procréation…
Depuis Adam et Ève, nous avons été élevées dans l’idée que notre plaisir était un péché. Casser deux mille ans de croyances est difficile. Dès 1967, quand Menie Grégoire donne la parole aux femmes à la radio, l’une des premières questions qui lui est posée dans son émission est la suivante : les femmes ont-elles aussi droit au plaisir ? Soixante ans ont passé, mais on met toujours le mouchoir sur ce sujet. Or, selon les études, 30 % des femmes auraient du mal à atteindre le paroxysme. L’admettre, voire même s’en rendre compte, peut être d’autant plus difficile qu’on ne connaît pas toujours bien son corps ou qu’on ignore les raisons médicales ou psychologiques qui peuvent provoquer l’anorgasmie. En parler ensuite à son partenaire sans le blesser est un nouvel obstacle à franchir…
Même si le personnage l’exige, est-ce difficile pour l’actrice que vous êtes de dire des mots considérés comme tabous ?
À cause des stéréotypes de genre, on a l’impression qu’une femme qui prononce des mots liés à l’intimité ou à la sexualité peut être perçue comme vulgaire. Les hommes peuvent a contrario tout s’autoriser, y compris au cinéma. Regardez la façon dont Mary à tout prix évoque le plaisir masculin… Rien ne le justifie, mais, pour nous, le prisme est différent. D’ailleurs, d’une certaine façon, j’alimente moi-même les clichés en précisant souvent que le film n’est jamais grossier, toujours élégant – ce qui est vrai. Je veux le protéger des a priori, alors qu’en réalité, il faut surtout les combattre.
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Vous partagez des moments d’intimité avec François Cluzet. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Notre complicité nous a permis de créer un vrai couple de cinéma. François est un acteur formidable, qui a le sens de la comédie et du drame. On a une scène d’intimité dans le film, et bien que Reem ne fasse que suggérer les choses, on l’a réfléchie avec une coordinatrice d’intimité. Elle nous a posé des questions pour savoir ce qui nous mettait à l’aise ou non… On était déjà en toute confiance avec Reem, mais j’ai trouvé l’expérience enrichissante : ça nous a permis d’en parler très librement avec François et d’être dans les meilleures dispositions pour tourner la scène. J’y ai aussi vu un nouveau cadre rassurant pour les jeunes comédiennes : quand on a 20-25 ans et qu’on doit jouer une scène d’amour devant une équipe, c’est compliqué. À une époque, on prêtait si peu d’attention au bien-être des actrices dans ce genre de situation. Je me souviens d’une scène à mes débuts : j’étais dans un lit, sans soutien-gorge, et quand l’acteur est sorti, il n’a pas fait attention, a tiré le drap, et je me suis retrouvée topless devant l’équipe…
Alexandra Lamy et François Cluzet dans le film Pour le plaisir.
SP
Au-delà du plaisir sexuel, Pour le plaisir pose la question de la joie que s’accordent ou non les femmes. Vous l’autorisez-vous ?
Oui. Je fais très attention à ne pas m’oublier. Peut-être est-ce plus facile à mon âge ? Je suis passée par des phases où je pensais plus à ma vie de famille ou à ma fille qu’à moi. Aujourd’hui, je suis attentive à mon bien-être, je me remercie même régulièrement, me félicite de ce que j’ai fait. Le matin, j’essaie de visualiser mes journées positivement : un conseil entendu à la radio que j’essaie d’appliquer pour vivre mieux.
Après la fiction télé Touchées , travaillez-vous sur une prochaine réalisation ?
Oui, j’adapte en série L’Heure des femmes, livre d’Adèle Bréau sur sa grand-mère Menie Grégoire, et comment elle a libéré la parole des femmes. J’ai aussi un autre film en tête. J’ai tant aimé réaliser, diriger des acteurs, travailler en troupe… Et puis, grâce à Touchées, qui traitait des violences faites aux femmes, j’ai fait aussi beaucoup de prévention auprès des jeunes. C’est aussi à cela que sert le cinéma.
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Quels sont vos projets d’actrice ?
Je joue avec Anthony Bajon, Aliocha Schneider et Corinne Masiero dans En haut de la pile, film dans lequel Louis-Julien Petit s’inspire de sa vie et de son parcours de GPA. J’ai aussi tourné une comédie historique sur la Première Guerre mondiale avec Alban Ivanov, et Le Puy des oufs, une comédie d’Éric Judor sur les jeux de rôle grandeur nature. Trois films très différents que j’aime beaucoup.
Pour le plaisir, de Reem Kherici, avec Alexandra Lamy, François Cluzet…