Voilà pour l’intrigue de cette histoire écrite par Bernard Swysen et dessinée par Christophe Alvès. Le duo a également pû compter sur l’aide précieuse, les archives et les souvenirs de Michèle « Mimi » Lenon-Cooreman, la filleule et fille adoptive d’Annie Cordy. « Mimi m’a tellement raconté d’anecdotes sur elle que j’ai eu l’impression de rentrer dans leur famille… » s’amuse Bernard Swysen.
C’est donc une Annie « Nini » Cordy qui a 20 ans, juste avant son grand départ pour Paris et le Lido, que les auteurs mettent en images. « Notre éditeur Nicolas Anspach a eu l’idée de faire une fiction mais où la réalité familiale et professionnelle d’Annie Cordy était rigoureusement exacte et vérifiée puisqu’elle a été racontée par Mimi. Une époque qu’Annie Cordy racontait peu mais qui est très fondatrice puisqu’elle était déjà connue en tant que meneuse de revue dans le cabaret Le Boeuf sur le toit » nous explique Bernard Swysen.
Annie Cordy, la reine des années 50 à la conquète de Paris
La BD est indéniablement aussi un hommage à ce Bruxelles qui n’existe plus… « Je suis Bruxellois de naissance » poursuit le scénariste. « J’ai assisté à cette bruxellisation désastreuse… Ce sentiment de gâchis a été renforcé quand je cherchais de la documentation pour cette histoire. Bruxelles aurait pu être un bijou et qu’est-ce qu’on en a fait… Je vois toutes ces photos d’endroits magnifiques qui ont été détruits au fil des décennies. Le quartier du Bastion, où il y avait Le bœuf sur le toit justement et d’autres cabarets ainsi que le théâtre Molière, tout y a été rasé pour construire cette immonde tour… Affligeant ! »
C’est vrai que les dessins d’Alvès plongent les lecteurs dans une ville que peu ont encore connus. « Nini Cordy 1949 » est à ce point de vue un vrai témoignage historique. « Alvès est rompu au décor compliqué et détaillé dans un style très lisible, très ligne claire qui est d’ailleurs un peu la marque de fabrique des éditions Anspach ».
Il y a aussi, dans les dialogues écrits par Bernard Swysen, une musicalité très bruxelloise, des mots du dialecte local aussi, on se croirait au cœur des Marolles… « J’y suis très familiarisé, cela fait partie d’un folklore qui n’existe plus. Mais quand j’étais petit, c’est un accent et des expressions qu’on entendait partout dans la ville ! »
Les années 70, la décennie fantastique pour Annie Cordy
Une planche de la BD consacrée aux débuts d’Annie Cordy ! ©Anspach
C’est dans cette ambiance très « brusseleir », ce milieu artistique et une ville qui se relevait après cinq années de guerre et d’occupation que Nini va devenir Annie Cordy. « J’adore son histoire. Celle de la naissance d’une étoile qui n’a rien cherché. Elle bossait comme une malade mais elle n’avait pas l’ambition de devenir une star. Elle disait ‘je suis une saltimbanque’. Elle ne s’est jamais prise pour une star » confie sa nièce, « Mimi » Lenon-Cooreman, l’œil pétillant.
À travers le scénario, on découvre une jeune femme dont la personnalité positive, qui sera sa marque de fabrique, allie jovialité, fantaisie et vitalité. Un tableau que confirme celle qui l’aura accompagné jusqu’au bout de sa vie. « Elle est restée telle quel toute sa vie. Elle était réservée dans la vie privée, même timide… En fait, comme on le voit très bien dans la BD, Annie était un vrai mélange des personnalités de ses parents. Énergique sur scène comme sa maman l’était et plus effacée dans la vie privée comme son papa qui ne manquait pas d’humour ceci dit » résume Mimi.
Le récit de « Nini Cordy 1949 » repose aussi sur des flash-backs qui ramènent la chanteuse dans les années de guerre. On sent une jeune femme marquée par ces tragiques événements. ‘Le rire avait déserté une maison autrefois pleine de vie’ comme il est dit dans le livre… « Vous savez, chez les Cooreman, on voyait surtout le côté positif des choses. Pendant l’occupation, ma grand-mère (NdlR : la mère d’Annie Cordy) ne craignait pas les Allemands. Elle écoutait radio Londres tranquillement fenêtre ouverte, advienne que pourra ! Bien entendu, ces événements les ont marqués. Ils avaient des amis juifs qui sont partis et jamais revenus… ».
La fresque Annie Cordy à Laeken détruite par un incendie
La question qui vient à l’esprit, vu qu’elle est ‘croquée’ désormais en bande dessinée : Annie Cordy aimait-elle la BD ? « On aimait tous la BD dans notre famille » se remémore Mimi. « Annie possédait les collections complètes de Tintin et d’Astérix ». Ce support est aussi une façon de faire perdurer sa mémoire voire de la faire découvrir à de jeunes générations. « Ce serait bien en effet. Elle peut servir d’exemple de voir comment quelqu’un qui se donne à fond dans son travail arrive où elle en est arrivée. À mes yeux, il est tout aussi important de faire connaître cette période de sa vie dont on n’a pas souvent parlé. En 1949, Annie Cordy, comme elle a débuté très jeune, avait déjà sorti des 78 tours sur des labels belges. Elle avait aussi déjà tourné un film en Allemagne… »
Ce « Nini Cordy 1949 » ne sera peut-être pas un ‘one shot’. À l’image de la série « Kathleen« , aussi chez Anspach, qui revisite l’histoire de Belgique au cours de diverses décennies, on pourrait retrouver Annie Cordy sous une formule similaire. « C’est clairement le public qui choisira… Mais on a largement de la matière. On a pris énormément de plaisir. Vers quelle période irait le second tome ? J’hésite encore : son arrivée à Paris qui fut très folklorique ou une tournée au Congo ! » conclut Bernard Swysen.