« Les maîtres anciens étaient aussi des femmes ! » : la nouvelle affiche du MSK de Gand donne le ton. Sur un fond orange fluo, une nature morte de l’artiste Clara Peeters et cette phrase exclamative imprimée en grand font clairement passer le message : les créatrices du passé sont là, bien visibles et immanquables. C’est tout le propos de l’exposition « Inoubliables », visible jusqu’au 31 mai : proposer un récit plus complet de l’art des anciens Pays-Bas (un territoire à cheval sur la Belgique et les Pays-Bas actuels) en y redonnant toute leur place aux femmes.
Les commissaires ont sélectionné une quarantaine d’entre elles qui se sont illustrées de 1600 à 1750 dans des domaines aussi variés que le portrait, la nature morte, la gravure, les scènes de genre, la peinture d’Histoire ou encore la dentelle et les papiers découpés. C’est en effet la grande force de cette exposition : démontrer la présence des femmes dans l’ensemble des domaines de l’économie créative de leur temps. En voici cinq à connaître absolument.
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L’inventive Michaelina Wautier (1614–1689)

Michaelina Wautier, Deux Filles en saintes Agnès et Dorothée, 1650
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Huile sur toile • 89,7 × 122 cm • Coll. musée royal des Beaux-Arts d’Anvers • © Scala
Remise en lumière par l’exposition qui lui a été consacrée en 2018, Michaelina Wautier s’est frottée à tous les genres avec audace et talent. Elle a connu le succès de son vivant et a reçu de prestigieuses commandes de la part de têtes couronnées. Son style puissant, proche de ses contemporains Rubens ou Van Dyck, est associé à une grande inventivité dans le renouvellement des sujets : la preuve avec son magistral Deux Filles en saintes Agnès et Dorothée, montré dans l’exposition. Les deux saintes sont figurées sous les traits juvéniles d’adolescentes : ce choix, à contre-courant des représentations habituelles, met l’accent sur la jeunesse des saintes au moment de leur martyre et renforce la dimension dramatique du sujet.
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Judith Leyster (1609–1660), maîtresse des scènes de genre

Judith Leyster, Autoportrait, vers 1630
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Huile sur toile • 74,6 × 65,1 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington DC
L’exposition s’ouvre avec deux autoportraits de l’artiste au chevalet, pinceaux à la main : Judith Leyster se représente dans une luxueuse tenue – fraise comprise – a priori peu adaptée pour peindre, mais lui permettant de projeter une image de respectabilité. Fait rare pour une créatrice de son temps, Leyster ne venait pas d’une famille d’artistes ni d’un milieu aisé : cela ne l’a pas empêchée d’ouvrir son propre atelier et d’intégrer la prestigieuse guilde de Saint-Luc. Elle est notamment connue pour ses scènes de genre, dont un chef-d’œuvre figurant dans l’exposition : une jeune femme, uniquement éclairée par une bougie, est importunée par un homme alors qu’elle tente de se concentrer sur son ouvrage. Tout comme Michaelina Wautier, nombre des tableaux de Leyster ont été réattribués après sa mort à d’autres artistes masculins, ce qui a contribué à son effacement.
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Rachel Ruysch (1664–1750), prolifique peintre de fleurs

Rachel Ruysch, Roses, convolvulus, coquelicots et autres fleurs dans une urne sur un rebord de pierre, fin des années 1680
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Huile sur toile • 106,6 cm × 83,8 cm • Coll. National Museum of Women in the Arts, Washington DC • Photo Lee Stalsworth
Fille de botaniste et petite-fille de peintre, Rachel Ruysch était l’une des artistes les plus célébrées de son temps et a connu une prolifique carrière de peintre de fleurs. Ses œuvres mêlent des bouquets d’essences variées où se nichent des insectes ou des petits reptiles : la précision des détails démontre ses profondes connaissances en botanique et en zoologie. Plusieurs des bouquets de fleurs qui ont fait sa reconnaissance sont présentés dans l’exposition : il est fortement recommandé de se perdre dans la contemplation des détails, de la texture des pétales aux reflets lumineux sur la surface du vase… Ruysch est aussi fameuse pour la longévité de sa carrière, puisqu’elle a peint jusqu’à l’âge avancé de 83 ans.
À la table de la virtuose Clara Peeters (1587– après 1636)

Clara Peeters, Tarte au fromage avec couteau, crevettes, écrevisses, verre de vin et pain, vers 1612–1618
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Huile sur panneau de bois • 40,8 × 59,7 cm • Coll. particulière
C’est sans doute l’une des premières grandes spécialistes de la nature morte, un genre qui commence alors à connaître une grande popularité dans les anciens Pays-Bas. Clara Peeters est fameuse pour ses tables débordantes de victuailles, dont sa Nature morte aux fromages et aux écrevisses à retrouver dans l’exposition. Elle est aussi célèbre pour sa manière de signer ses tableaux : soit en peignant en trompe-l’œil son nom gravé dans le métal des couverts, soit en se figurant dans de minuscules autoportraits, nichés dans les reflets des objets en métal ou en verre de ses natures mortes. Avec inventivité et virtuosité, elle clame ainsi la maternité de ses œuvres.
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Maria Faydherbe (1587– après 1633), sculptrice de l’expression

Maria Faydherbe, Crucifix, 1620–1635
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Bois • 33 cm • Coll. Museum Hof van Busleyden, Mechelen
Issue d’une dynastie d’artistes dont le nom reste étroitement lié à la ville de Malines, Maria Faydherbe est l’une des premières femmes ayant mené une carrière de sculptrice professionnelle. Elle est notamment connue pour ses Vierge à l’Enfant en bois ou en albâtre, mais c’est son saisissant Christ crucifié qui s’impose comme l’un des clous de cette exposition. L’artiste a capturé dans le bois l’expressivité du Christ expirant et la contraction douloureuse de ses muscles, révélant ses connaissances anatomiques. Comme nombre de ses collègues féminines, elle veillait à bien signer ses œuvres : un discret « Maria Faydherbe me fecit » (« Maria Faydherbe m’a fait ») est gravé dans les plis du pagne du Christ.
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Inoubliables. Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam entre 1600 et 1750
Du 7 mars 2026 au 31 mai 2026
Musée des Beaux-Arts de Gand – MSK • 1 Fernand Scribedreef • 9000 Gent
www.mskgent.be